À Conakry, les acteurs du livre se sont réunis, vendredi, autour d’un enjeu devenu central : l’adaptation du secteur aux mutations technologiques. À l’occasion de la deuxième édition du Festival des bouquinistes de Guinée, organisée sur le thème « Métier de bouquiniste face aux enjeux du numérique », professionnels, autorités publiques et passionnés de lecture ont esquissé les contours d’un écosystème en pleine transformation.
Parmi les participants, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, dont la présence a été saluée comme un signal d’attention politique à l’égard d’un secteur souvent relégué au second plan. Pour Fadjiba Keïta, président de l’Association des bouquinistes de Guinée, cette participation traduit une reconnaissance du rôle essentiel que jouent ces acteurs dans l’accès au livre, en particulier pour les élèves et les étudiants.
Un maillon discret mais essentiel
Dans un pays où les circuits de distribution du livre restent limités, les bouquinistes constituent souvent le principal point d’accès à la lecture. Installés dans les rues, aux abords des établissements scolaires ou dans des espaces informels, ils participent à la diffusion du savoir à moindre coût. Mais leur activité demeure fragilisée par des contraintes structurelles, au premier rang desquelles le manque d’espaces adaptés et la précarité des installations.
Face à ces défis, les professionnels du secteur appellent à un accompagnement renforcé des pouvoirs publics, notamment en matière d’aménagement urbain et de structuration de la filière. L’enjeu est d’autant plus important que la lecture reste un levier clé pour l’éducation et la formation des jeunes générations.
Entre tradition et mutation numérique
Dans son intervention, Moussa Moïse Sylla a insisté sur la place stratégique des bouquinistes, qu’il a qualifiés de « passeurs de connaissances ». Selon lui, ils occupent une position centrale dans l’écosystème culturel, en contribuant à démocratiser l’accès au savoir dans un contexte où les inégalités d’accès à l’éducation persistent.
Le ministre a également appelé à promouvoir une véritable culture de la lecture, en particulier auprès des jeunes. « Le livre demeure un instrument d’émancipation intellectuelle et de construction de l’esprit critique », a-t-il rappelé, soulignant son rôle dans la formation des citoyens.
Évoquant son propre parcours, il a confié que la lecture avait constitué pour lui un levier d’élévation personnelle, lui permettant d’élargir ses horizons. Un témoignage destiné à encourager une appropriation plus large du livre dans la société guinéenne.
S’adapter sans disparaître
Si le numérique redéfinit les modes d’accès au savoir, les acteurs du secteur plaident pour une transition équilibrée. Le développement des supports digitaux offre de nouvelles opportunités, mais pose également la question de la place du livre physique, encore largement dominant dans de nombreux contextes africains.
Le ministre a ainsi invité les professionnels à s’approprier ces évolutions technologiques, tout en préservant les spécificités du métier. L’enjeu est de parvenir à articuler innovation et tradition, afin de garantir la pérennité de la chaîne du livre.
Vers une structuration du secteur
Au-delà des échanges, cette édition du festival traduit une volonté partagée de mieux organiser la profession et de l’inscrire dans une dynamique de développement. Les autorités et les acteurs du livre affichent l’ambition de faire du secteur un pilier du développement culturel et éducatif, dans un environnement en mutation rapide.
Imedias.net
