À Kampala, les députés ougandais tirent la sonnette d’alarme. En examinant le projet de budget 2026/2027 du ministère du Commerce, de l’Industrie et des Coopératives, ils ont mis en lumière une concentration jugée excessive des ressources publiques au profit d’une seule entité : la Uganda Development Corporation (UDC).
Selon le rapport présenté en séance plénière le 15 avril par la commission du tourisme, du commerce et de l’industrie, sur un budget total de 514,96 milliards de shillings ougandais (environ 135 millions de dollars), près de 422,35 milliards soit 82 % seraient alloués à cette structure publique chargée d’investissements industriels.
Une concentration budgétaire critiquée
Pour Boniface Okot, vice-président de la commission, cette répartition pose un problème de fond. « L’augmentation du budget du ministère est largement tirée par la capitalisation de l’UDC, qui absorbe la plus grande part des allocations », a-t-il déclaré devant les parlementaires, lors d’une session présidée par la présidente du Parlement Anita Annet Among.
Derrière cette hausse globale, les autres institutions du secteur doivent se partager à peine 92,6 milliards de shillings. Une enveloppe jugée insuffisante pour financer des missions essentielles telles que la normalisation, la recherche industrielle, la promotion des exportations ou encore le soutien aux coopératives.
Un écosystème fragilisé
Le rapport parlementaire met en garde contre un effet de déséquilibre susceptible d’affaiblir l’ensemble de l’écosystème industriel et commercial du pays. Plusieurs agences clés sont déjà confrontées à des contraintes opérationnelles.
C’est le cas de la Uganda Industrial Research Institute (UIRI), pourtant au cœur de la stratégie d’industrialisation. Son principal site à Namanve fonctionne en deçà de ses capacités, faute d’équipements essentiels évalués à environ 6,2 milliards de shillings. Cette carence limite son rôle dans le développement technologique et les tests de produits pour les industries locales.
La Uganda National Bureau of Standards (UNBS), chargée du contrôle de la qualité des produits, souffre également d’un manque de moyens qui entrave ses missions de régulation et de sensibilisation.
De son côté, la Uganda Free Zones and Export Promotion Authority (UFZEPA) est pointée du doigt pour la hausse de ses coûts de fonctionnement, notamment en matière de frais juridiques.
Une contradiction dans la stratégie industrielle
Pour les parlementaires, cette situation révèle une contradiction dans la politique économique du gouvernement. Alors que des ressources importantes sont injectées dans l’UDC pour financer des investissements industriels, les institutions censées soutenir la chaîne de valeur innovation, normes, export restent sous-dotées.
« Ce niveau de concentration peut limiter l’efficacité des autres institutions essentielles à la croissance du commerce et de l’industrialisation », a averti Boniface Okot.
La question de la gouvernance de l’UDC elle-même a également été soulevée. Anita Annet Among s’est interrogée sur la pertinence de maintenir cette structure sous forme de subvention plutôt que de lui accorder une autonomie budgétaire complète. Une évolution qui, selon certains élus, permettrait une meilleure redevabilité.
Des déséquilibres au-delà du commerce
Les critiques ne se limitent pas au seul ministère du Commerce. Le rapport parlementaire souligne également des insuffisances dans l’ensemble du secteur tourisme-commerce-industrie.
Le programme de développement touristique, pourtant stratégique pour les recettes en devises et l’emploi, ne devrait recevoir que 71 % des financements prévus dans le plan national de développement. Une situation qui inquiète les élus quant à la capacité du pays à exploiter pleinement son potentiel touristique.
Par ailleurs, les dotations aux collectivités locales apparaissent à la fois faibles et inégalement réparties, certains districts ne recevant que des montants jugés symboliques.
Des défis structurels persistants
Au-delà des arbitrages budgétaires, les parlementaires pointent des problèmes récurrents : retards dans les procédures de passation des marchés, faibles taux d’exécution des budgets, insuffisances dans la planification et manquements administratifs, notamment dans la production de certificats liés au genre et à l’équité.
Ils regrettent également le manque de suivi des recommandations précédentes, en particulier celles issues des rapports de l’auditeur général.
Un débat budgétaire sous tension
Si les députés reconnaissent la nécessité de renforcer l’UDC pour soutenir l’industrialisation, ils appellent à une approche plus équilibrée, intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur.
Le rapport, désormais transmis à la commission du budget, devrait alimenter des débats nourris au Parlement dans les semaines à venir, alors que l’Ouganda s’apprête à finaliser son budget pour l’exercice 2026/2027.
En filigrane, c’est la question du modèle de développement industriel du pays qui se trouve posée : centralisé autour d’un acteur public dominant, ou réparti entre un ensemble d’institutions complémentaires capables de soutenir une croissance plus inclusive.
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