À Palais du Peuple, la scène s’est rallumée sur un symbole longtemps resté en sommeil. Jeudi soir, les Ballets Africains de Guinée ont signé leur retour avec « Mansa Moussa », une création ambitieuse qui marque la fin de plus de vingt ans d’absence et ouvre une nouvelle séquence pour la politique culturelle du pays.
Dans la salle des congrès, l’événement avait des allures de moment charnière. Membres du gouvernement, diplomates et acteurs culturels s’y sont retrouvés pour assister à ce que les autorités présentent comme une relance stratégique. « Une page majeure de notre patrimoine se réécrit », a déclaré le ministre de la Culture, inscrivant ce retour dans une dynamique de reconstruction nationale.
Fondée en 1948 à Paris par Keïta Fodéba, la troupe avait, dès l’indépendance, incarné la vitrine artistique de la Guinée. Offerts à l’État en 1959, les Ballets Africains ont longtemps été un outil de projection internationale, diffusant une image maîtrisée et valorisée des cultures guinéennes et, au-delà, africaines.
Une relance au croisement de la culture et de la politique
Le retour de la troupe ne relève pas seulement de la nostalgie. Il s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le président Mamadi Doumbouya, qui entend faire de la culture un levier de développement et d’influence. Dans cette perspective, les industries culturelles sont appelées à jouer un rôle croissant, à la fois économique, social et diplomatique.
Les autorités affichent ainsi leur volonté de repositionner la Guinée sur la carte culturelle internationale, en misant sur des institutions historiques capables de conjuguer héritage et modernité. Une orientation en phase avec les ambitions du programme Simandou 2040, qui intègre désormais la culture parmi ses axes structurants.
« Mansa Moussa », récit d’un passé pour penser l’avenir
Au cœur de cette renaissance, le spectacle « Mansa Moussa » propose une relecture scénique de Mansa Moussa, figure emblématique du XIVe siècle souvent associée à la prospérité et au rayonnement de l’Afrique médiévale. La mise en scène, mêlant chorégraphies, percussions et narration, s’inscrit dans une volonté de valoriser les récits historiques africains tout en les adaptant aux exigences contemporaines.
Cette création se veut également un produit exportable. Des tournées sont déjà annoncées, notamment en Algérie et en Inde, signe d’un retour assumé sur les scènes internationales. Une manière, pour la Guinée, de renouer avec une diplomatie culturelle active, dans un contexte de concurrence accrue entre États pour capter l’attention et les investissements.
Une ambition économique encore à concrétiser
Derrière l’élan symbolique, les défis restent nombreux. La structuration d’un secteur culturel viable, capable de générer des revenus et des emplois durables, suppose des investissements, des formations et un cadre institutionnel adapté. Les autorités appellent ainsi leurs partenaires à soutenir cette relance, notamment en facilitant la circulation des artistes.
Imedias.net
