Moderniser la gestion des services de transfusion sanguine en Guinée, c’est ce à quoi œuvrent le médecin Esdras Azanmassou et son associé Aymar Sossou, à travers leur plateforme numérique « Ayooka ». Conçue comme un système d’information entièrement digitalisé, la solution vise à sécuriser et à optimiser l’ensemble des processus liés à la collecte, au traitement, à la distribution et à la traçabilité du sang et de ses composants, tout en renforçant la coordination entre donneurs, établissements de santé, laboratoires et professionnels médicaux.
« Avec Ayooka, l’objectif est d’optimiser la gestion des stocks de produits sanguins, de garantir la qualité et la sécurité des transfusions et de réduire les pertes. À terme, l’impact recherché est une amélioration durable de l’accès à des transfusions sûres et de qualité pour les patients », explique Esdras Azanmassou dans un entretien accordé à la dpa.
Des défis fragilisant les services de transfusion sanguine
Médecin engagé dans la santé publique et actuellement installé à Conakry, il affirme avoir été directement confronté aux défis qui fragilisent les services de transfusion sanguine, notamment les pénuries récurrentes, les pertes de produits sanguins, la faible traçabilité et la coordination limitée entre les différents acteurs.
« Ces réalités ont des conséquences immédiates sur la prise en charge des patients. Nous avons donc choisi de développer une solution numérique adaptée au contexte local, capable de renforcer l’efficacité du système transfusionnel et de contribuer à sauver des vies », témoigne-t-il. Pour répondre à ces enjeux, la solution intègre une gestion intelligente des stocks appuyée par l’intelligence artificielle afin d’anticiper les ruptures, de limiter les gaspillages et d’améliorer la planification des collectes.
La plateforme comprend également un module d’hémovigilance destiné à prévenir les incidents transfusionnels, un suivi complet des prescriptions et de l’administration des produits sanguins, ainsi qu’un dispositif d’assurance qualité couvrant l’ensemble du parcours transfusionnel, du don jusqu’à l’acte clinique.
Vers un déploiement progressif
Actuellement en phase de déploiement progressif au sein de plusieurs structures, la solution voit son nombre d’utilisateurs augmenter au fil de son adoption par les professionnels de santé. Elle bénéficie aujourd’hui de l’appui institutionnel du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, via le Centre national de transfusion sanguine, ainsi que du ministère du Numérique à travers l’Agence nationale du service universel des télécommunications et du numérique.
« Notre ambition est désormais de consolider son implantation nationale avant d’étendre l’outil à d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis d’accès à des transfusions sûres », indique le cofondateur. Parallèlement, des campagnes digitales et multimédias de sensibilisation sont menées afin d’encourager le don volontaire régulier, avec pour objectif d’accroître durablement les réserves sanguines et de réduire les décès liés aux ruptures de stock, notamment lors d’urgences obstétricales, d’accidents ou de pathologies sévères.
Faire émerger une solution africaine de référence
À moyen et long terme, les promoteurs d’Ayooka entendent renforcer l’interopérabilité de la plateforme avec les systèmes d’information hospitaliers, développer des modules d’aide à la décision capables de prédire la demande en produits sanguins selon les régions et les profils épidémiologiques, et contribuer à structurer un réseau transfusionnel plus performant.
Leur vision est de faire émerger une solution africaine de référence, capable d’accompagner la modernisation des politiques de transfusion, d’améliorer la qualité des soins et, in fine, de sauver davantage de vies grâce à une meilleure disponibilité et sécurité du sang.
dpa
