Ce n’est pas une visite de courtoisie. Lorsque la délégation britannique, conduite par des représentants de l’agence UK Export Finance (UKEF) et du fonds d’investissement DMA Invest, a posé ses valises à Conakry ce lundi 23 mars, c’est avec un agenda précis et un portefeuille d’engagements estimé à près de 1,8 milliard de livres sterling. Deux jours de travaux, de négociations et de discours soigneusement calibrés pour envoyer un signal à la communauté financière internationale : la Guinée est ouverte aux affaires, et le Royaume-Uni entend en être.
Simandou, colonne vertébrale d’une ambition nationale
Tout converge, dans cette mission, vers un nom : Simandou. Ce massif montagneux du sud-est guinéen, qui abrite l’un des plus grands gisements de minerai de fer inexploité au monde, est devenu le symbole d’une Guinée qui refuse désormais de se contenter de vendre ses sous-sols au prix de la matière brute. Le programme Simandou 2040, présenté par le gouvernement comme la « véritable colonne vertébrale » de sa stratégie nationale de développement, ambitionne de bâtir autour de ce gisement une économie diversifiée, industrialisée et résiliente.
« Simandou 2040 n’est pas simplement un programme. C’est une promesse. Une promesse de prospérité, de modernité et d’émergence », a déclaré le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabe, lors de la cérémonie d’ouverture, tenue en présence de membres du gouvernement, de diplomates et d’acteurs du secteur privé.
Londres mise sur Conakry
Du côté britannique, l’intérêt n’est pas feint. L’ambassadeur du Royaume-Uni en Guinée, Daniel Shepherd, a souligné l’appétit croissant des entreprises britanniques pour le marché guinéen, citant les secteurs minier, logistique, énergétique et des services spécialisés. Il a mis en avant l’expertise reconnue des sociétés britanniques en matière de normes techniques et de pratiques responsables un argument qui résonne dans un pays où la gouvernance des ressources naturelles a longtemps suscité des interrogations.
Le représentant d’UKEF, agence publique britannique de crédit à l’exportation, a pour sa part rappelé que plusieurs projets d’infrastructures bénéficiant déjà du soutien de Londres sont en cours de mise en œuvre sur le territoire guinéen. Il a invité les participants à faire de cette mission non pas un simple forum d’échanges, mais le point de départ de « partenariats concrets et de projets tangibles dans les semaines et les mois à venir ».
Conakry veut tourner la page de l’assistance
Le message guinéen, martelé par plusieurs membres du gouvernement, est clair : fini les modèles d’aide au développement, place aux partenariats d’investissement. L’ambassadeur de Guinée au Royaume-Uni, Aliou Diallo, a résumé cette nouvelle posture avec une formule directe : « Aujourd’hui, nous ne vous invitons pas seulement à investir en Guinée, nous vous invitons à prendre part à la construction de l’un des plus grands pôles miniers du XXIe siècle. »
La ministre de l’Industrie et du Commerce, Fatima Camara, a abondé dans ce sens, décrivant cette mission comme « le reflet d’une convergence de visions entre une Guinée résolument engagée dans sa transformation et des partenaires prêts à investir durablement dans son avenir ». Elle a rappelé le choix « assumé » de Conakry de rompre avec une économie de rente pour construire une économie de transformation, fondée sur la valorisation locale des ressources naturelles.
Une notation souveraine en amélioration, un signal pour les marchés
Sur le plan financier, le ministre Ismaël Nabe a tenu à souligner un élément de contexte favorable : l’amélioration récente de la notation souveraine de la Guinée, assortie d’une perspective positive. Un signal envoyé aux investisseurs internationaux, qui conditionne souvent leurs décisions d’engagement à la crédibilité institutionnelle et macroéconomique d’un pays.
Le ministre a par ailleurs identifié plusieurs axes prioritaires de la coopération guinéo-britannique : le développement du contenu local, le transfert de technologies, le renforcement des compétences nationales et l’investissement dans des secteurs structurants tels que l’énergie, l’eau et les transports.
La promesse et le défi
Reste que la promesse Simandou s’est déjà heurtée, par le passé, à des obstacles considérables litiges juridiques, retards de financement, tensions entre consortium minier et gouvernement. La présence d’UKEF et de DMA Invest à Conakry est un signal encourageant. Mais entre la signature de partenariats et la concrétisation de projets d’infrastructure d’une telle envergure, l’histoire de ce gisement légendaire invite à la prudence autant qu’à l’espoir.
« La Guinée d’aujourd’hui est prête. Prête à accueillir les investissements, prête à tenir ses engagements », a réitéré le ministre Nabe. Le monde des affaires, lui, attend de voir.
La mission britannique se poursuit jusqu’au mardi 24 mars 2026 à Conakry, avec des séances de travail entre délégations gouvernementales, acteurs du secteur privé et institutions financières.
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