À trois semaines d’un scrutin présidentiel décisif, Romuald Wadagni, candidat du parti au pouvoir, a levé le voile sur son projet de société, samedi 21 mars, lors d’une présentation très attendue dans la capitale économique béninoise. Une entrée en campagne maîtrisée pour celui qui incarne, aux yeux de ses soutiens comme de ses détracteurs, la continuité du système mis en place par le président Patrice Talon.
Dans une salle acquise à sa cause, le ministre de l’Économie et des Finances a déroulé les grandes lignes d’un programme structuré autour de la consolidation des acquis économiques et de l’accélération des réformes engagées depuis 2016. À 49 ans, Romuald Wadagni, technocrate formé à l’international et figure centrale de l’appareil gouvernemental, entend s’inscrire dans la durée d’un pouvoir qui a profondément transformé le paysage économique du pays.
Une vision axée sur la transformation économique
Au cœur de son projet : la poursuite des politiques de modernisation de l’État, le renforcement des infrastructures et l’amélioration du climat des affaires. « Il s’agit d’aller plus loin, plus vite, tout en consolidant les bases déjà posées », a-t-il déclaré, mettant en avant les performances macroéconomiques enregistrées ces dernières années.
Le candidat promet également d’intensifier les investissements dans les secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les transports et le numérique, afin de positionner le Bénin comme un hub régional. Une ambition qui s’inscrit dans la continuité de la stratégie gouvernementale actuelle, souvent saluée par les partenaires internationaux, mais dont les retombées sociales sont encore jugées inégales.
Des engagements sociaux sous surveillance
Conscient des critiques récurrentes sur la fracture sociale, Romuald Wadagni a consacré une partie de son discours aux enjeux sociaux. Il a notamment promis de renforcer les politiques d’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi des jeunes, dans un pays où la croissance économique peine encore à se traduire par une amélioration significative des conditions de vie pour tous.
« La transformation économique doit bénéficier à chaque Béninois », a-t-il assuré, sans toutefois détailler précisément les mécanismes de redistribution envisagés. Une prudence qui alimente les interrogations d’une partie de l’opinion sur la capacité du pouvoir à corriger les déséquilibres.
Un scrutin dans un paysage politique verrouillé
La candidature de Romuald Wadagni intervient dans un contexte politique particulièrement maîtrisé par le camp présidentiel. Les dernières élections législatives ont consacré une Assemblée nationale entièrement dominée par les partis proches du pouvoir, réduisant considérablement l’espace d’expression de l’opposition.
Plusieurs figures critiques du régime ont été écartées du processus électoral ces dernières années, à la faveur de réformes institutionnelles controversées. Résultat : la présidentielle du 12 avril se profile sans véritable rival de poids face au candidat du pouvoir, renforçant le sentiment d’un scrutin joué d’avance.
Entre continuité assumée et enjeu de légitimité
Pour ses partisans, Romuald Wadagni représente la garantie d’une stabilité politique et économique dans un environnement régional incertain. Pour ses opposants, il incarne au contraire la poursuite d’un système jugé de plus en plus fermé.
Dans ce contexte, l’enjeu du scrutin dépasse largement la seule question du programme. Il porte sur la capacité du Bénin à préserver les fondements démocratiques qui ont longtemps fait sa réputation en Afrique de l’Ouest.
En se présentant comme l’homme de la continuité et du renouveau maîtrisé, Romuald Wadagni joue une partition délicate : rassurer sans figer, convaincre sans véritable concurrence. Reste à savoir si cette équation suffira à mobiliser un électorat dont la participation sera, plus que jamais, scrutée comme un indicateur de la vitalité démocratique du pays.
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