La situation des droits humains s’est nettement détériorée en 2025 en République démocratique du Congo (RDC), dans un contexte de reprise des combats et d’expansion des groupes armés dans l’est du pays. Selon le dernier rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), 6 169 violations et atteintes aux droits humains ont été documentées sur l’ensemble du territoire national, soit une hausse de 24 % par rapport à 2024.
Derrière ces chiffres, une réalité persistante : la très grande majorité des violences continue de se concentrer dans les provinces orientales, où se superposent depuis plusieurs décennies conflits armés, rivalités régionales et luttes pour le contrôle des ressources.
Selon les données relayées par le média congolais Actualité.CD, 86 % des violations recensées en 2025 ont été enregistrées dans les provinces en conflit de l’est du pays. Le Nord-Kivu arrive largement en tête avec 3 338 cas documentés, suivi du Sud-Kivu (1 171) et de l’Ituri (771). Ces trois provinces constituent depuis plusieurs années l’épicentre de la crise sécuritaire congolaise.
Au total, 18 073 personnes ont été victimes de ces violations, parmi lesquelles 2 806 femmes et 1 394 enfants, selon le rapport onusien.
La reprise des hostilités dans l’est du pays
Pour les Nations unies, cette dégradation s’explique en grande partie par la reprise et l’intensification des affrontements armés dans l’est de la RDC, notamment depuis l’offensive menée par l’alliance rebelle AFC/M23.
Dans son rapport, le BCNUDH souligne que « la situation sécuritaire et des droits humains s’est détériorée à cause de la persistance du conflit armé dans l’est du pays ». L’organisation met en cause l’offensive du mouvement rebelle M23 – soutenu, selon plusieurs rapports internationaux, par l’armée rwandaise – qui a permis aux insurgés de prendre le contrôle de portions importantes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les affrontements opposant ces rebelles aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) se déroulent souvent à proximité de zones densément peuplées, avec un recours à l’artillerie lourde et aux armes explosives. Ces combats ont entraîné de nombreuses pertes civiles et des déplacements massifs de populations, aggravant une crise humanitaire déjà parmi les plus graves au monde.
Exécutions sommaires et enlèvements en forte hausse
Parmi les violations recensées, les exécutions sommaires constituent la catégorie la plus fréquente. Selon les données rapportées par Radio France internationale (RFI), plus de 3 900 personnes ont été tuées dans ce type d’exactions, dont près de 300 enfants.
Les enlèvements représentent également une pratique particulièrement répandue dans les zones sous influence des groupes armés. Plus de 4 200 personnes ont été kidnappées, parmi lesquelles 230 mineurs.
Ces enlèvements servent souvent à alimenter les rangs des groupes armés, obtenir des rançons ou exercer une pression sur les communautés locales, souligne le rapport.
Les groupes armés principaux responsables
Le BCNUDH attribue 71 % des violations documentées aux groupes armés, soit 4 373 cas recensés à l’échelle nationale.
Parmi les principaux responsables identifiés figure le M23, redevenu ces dernières années l’un des acteurs centraux du conflit dans l’est de la RDC. Viennent ensuite les Wazalendo, un ensemble de milices d’autodéfense locales soutenant les forces gouvernementales, ainsi que les Forces démocratiques alliées (ADF) – groupe d’origine ougandaise affilié à l’organisation État islamique – et la milice Codeco, active dans la province de l’Ituri.
Ces groupes sont régulièrement accusés de massacres de civils, d’enrôlement forcé, de violences sexuelles et d’attaques contre des villages.
Des agents de l’État également impliqués
Si les groupes armés concentrent l’essentiel des responsabilités, le rapport de l’ONU souligne que les agents de l’État sont impliqués dans près de 28 % des violations documentées.
Le BCNUDH met particulièrement en cause certains services de renseignement civils et militaires, accusés de recourir à des détentions arbitraires, des tortures et des mauvais traitements.
Selon RFI, 503 détenus ont été recensés dans les lieux de détention dépendant de trois structures de renseignement congolaises : l’Agence nationale des renseignements (ANR), le Conseil national de cyberdéfense (CNC) et l’état-major des renseignements militaires (EMRM). Plusieurs de ces personnes seraient détenues depuis 2023 sans avoir été présentées à un juge ni avoir accès à un avocat ou à leurs familles.
Le rapport évoque également des cas de tortures physiques et psychologiques.
Le Conseil national de cyberdéfense suscite une attention particulière : cette structure ne dispose légalement d’aucun pouvoir d’arrestation, mais détiendrait néanmoins des personnes dans des lieux non officiels à Kinshasa. Parmi les personnes arrêtées figureraient des proches d’anciens responsables politiques ou des critiques du gouvernement.
Les autorités congolaises contestent toutefois ces accusations. Elles affirment avoir autorisé des visites familiales et des inspections d’organisations de défense des droits humains, et justifient certaines arrestations par le contexte sécuritaire exceptionnel.
L’augmentation alarmante des violences sexuelles
Autre tendance préoccupante : l’augmentation spectaculaire des violences sexuelles liées au conflit. Le BCNUDH a documenté 847 cas en 2025, soit une hausse de 59 % par rapport à l’année précédente.
Au total, 1 479 victimes ont été recensées, dont 853 femmes et 620 filles mineures, mais aussi quatre hommes et deux garçons. Ces violences ont été signalées dans cinq provinces : Ituri, Maniema, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika.
Selon l’ONU, 75 % de ces violences sont imputables à des groupes armés, avec le M23 en première ligne.
Face à ces accusations, les autorités congolaises ont signé en septembre 2025 une feuille de route destinée à engager les FARDC dans la lutte contre les violences sexuelles commises en temps de conflit. Ce plan d’action couvre la période allant d’août 2025 à avril 2026 et vise notamment à renforcer la prévention, les enquêtes judiciaires et la sanction des responsables.
Un espace civique sous pression
Le rapport souligne enfin un rétrécissement de l’espace civique en RDC. En 2025, 179 violations visant la liberté d’expression, la presse et les défenseurs des droits humains ont été recensées, soit une hausse de 36 %.
Journalistes, militants et lanceurs d’alerte sont régulièrement victimes d’intimidations, d’arrestations arbitraires ou de menaces, selon le BCNUDH.
L’agence onusienne indique avoir reçu 628 demandes de protection individuelle au cours de l’année, un chiffre trois fois supérieur à celui enregistré en 2024. Dans 525 cas, les menaces seraient directement attribuées à l’alliance rebelle AFC/M23.
Face à cette détérioration générale de la situation, les Nations unies appellent les autorités congolaises à renforcer la protection des civils, lutter contre l’impunité et garantir l’indépendance de la justice, alors que le conflit dans l’est du pays continue de faire payer un lourd tribut aux populations civiles.
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