Derrière les chiffres impressionnants, une réalité stratégique se dessine : l’Africa Investment Forum (AIF) n’est plus seulement un lieu de rencontre pour investisseurs. Il est devenu un instrument de diplomatie économique, un levier de souveraineté et de transformation structurelle pour le continent africain.
Avec 29,2 milliards de dollars d’intérêts d’investissement générés lors des Market Days 2024 à Marrakech, le Forum a confirmé sa maturité. Plus de 2 300 participants, 83 nationalités, 40 boardrooms actives : la plateforme s’impose désormais comme l’un des grands pôles de décision économiques mondiaux centrés sur l’Afrique.
En marge des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI à Washington, les neuf institutions fondatrices de l’AIF ont tenu une réunion stratégique. L’objectif : faire le point sur sept années de travail, mais surtout, jeter les bases d’une nouvelle phase de consolidation. Avec un cap clair : passer de la mobilisation d’intérêts à une concrétisation systémique des projets.
« L’Afrique ne se développera pas grâce à l’aide. Elle se développera grâce à l’investissement », a rappelé Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), réaffirmant la philosophie fondatrice de l’AIF.
Depuis sa création en 2018, l’AIF a catalysé plus de 225 milliards de dollars d’intérêts d’investissement. Mais la nouveauté réside dans la nature de ces engagements : structurés, ciblés, et portés par des partenaires africains de plus en plus nombreux. À ce jour, 41 % des financements mobilisés proviennent des partenaires fondateurs eux-mêmes. Une dynamique d’appropriation régionale saluée par les observateurs.
L’élargissement du cercle des institutions partenaires, avec l’arrivée de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), confirme également l’internationalisation croissante du projet. « Nous croyons en cette initiative, car elle est alignée avec notre vision d’un développement inclusif, durable et africain », a déclaré Diab Karrar, directeur du secteur privé de la BADEA.
L’édition 2025, en préparation, sera marquée par la signature officielle d’un nouveau cadre de gouvernance et de viabilité à long terme. Ce texte, dont l’adoption est prévue lors des Assemblées annuelles de la BAD à Abidjan en mai, vise à renforcer l’efficacité de la plateforme et à garantir sa durabilité.
Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité géopolitique et les reconfigurations économiques, l’AIF apparaît plus que jamais comme un outil de souveraineté continentale. Une initiative qui replace l’Afrique au cœur de ses décisions économiques, en assumant pleinement son rôle d’acteur – et non plus de spectateur – de la mondialisation.
Pour M. Adesina, qui quittera ses fonctions en septembre prochain, le message est clair : « Le développement ne se délègue pas. Il se dirige. Et c’est ensemble, avec des partenaires engagés, que nous construisons l’Afrique de demain. »
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