Le couperet est tombé. Tidjane Thiam , président du principal parti d’opposition ivoirien, le PDCI-RDA , et candidat déclaré à la présidentielle du 25 octobre 2025, a été radié de la liste électorale . En cause : une décision de justice qui le considère comme ayant perdu sa nationalité ivoirienne en 1987, lors de son acquisition de la nationalité française. Une affaire aux contours autant juridiques que politiques, qui remet en question sa participation à la prochaine élection présidentielle.
« Le président Thiam a perdu la nationalité ivoirienne lorsqu’il a acquis la nationalité française », a déclaré Me Ange Rodrigue Dadjé, l’un de ses avocats, à la sortie du tribunal. « La présidente du tribunal a ordonné sa radiation de la liste électorale. »
Une décision sans possibilité de recours , et qui tombe comme une bombe à six mois d’un examen majeur dans un pays où les questions identitaires ont, par le passé, alimenté les plus grandes fractures politiques.
Une nationalité au cœur d’un imbroglio légal
Né à Abidjan, Tidjane Thiam a obtenu la nationalité française en 1987, sans qu’un acte officiel ne constate la perte de sa nationalité ivoirienne. Pendant des décennies, il a évolué dans les hautes sphères internationales, de la Banque mondiale au Crédit Suisse, tout en restant attaché à ses racines.
Mais la Constitution ivoirienne , dans son article 55, est formelle : pour être candidat à la magistrature suprême, il faut être ivoirien exclusivement .
Anticipant la controverse, Tidjane Thiam avait renoncé à sa nationalité française , une démarche finalisée et publiée dans le Journal officiel français le 20Plus pour sesle 20 mars 2025. Mais pour ses détracteurs, cela n’efface pas les années passées dans une forme de double nationalité. Et surtout, cela ne résout pas un autre nœud : aurait-il, sans le savoir, perdu sa nationalité ivoirienne en 1987 ? La justice vient de répondre par l’affirmative.
Une candidature fragilisée dès le départ
L’élection de Thiam à la tête du PDCI-RDA , en décembre 2023 à Yamoussoukro, avait déjà suscité des remous. Certains cadres du parti estimaient qu’il n’était pas éligible à la présidence du parti, car encore détenteur de la nationalité française à l’époque. Une militante, Valérie Yapo, avait même saisi la justice, sans succès.
En parallèle, le Tribunal de Première Instance d’Abidjan avait suspendu la délivrance de sonavait suspendu la délivrance de son certificat de nationalité ivoirienne, en attendant de trancher sur sa situation réelle. La décision de radiation de la liste électorale vient conclure ce long processus de contestation, mais ne le fait pas sans bruit.
Un débat national sur la citoyenneté, l’exclusion… et la peur du retour
Cette radiation est perçue par les soutiens de Tidjane Thiam comme une opération d’exclusion politique habillée de droit . « On redoute son charisme, son aura internationale, sa capacité à rassembler », confie un cadre du parti sous anonymat. « On le neutraliser avant même le débat d’idées. »
À l’international, la nouvelle fait réagir : comment un homme né à Abidjan, élevé dans les institutions ivoiriennes, peut-il être aujourd’hui considéré comme étranger dans son propre pays ? L’affaire Thiam interroge plus largement la manière dont la nationalité peut être utilisée comme outil de disqualification politique , dans un pays où le concept de « l’ivoirité » a déjà nourri tant de crises.
Et maintenant ?
Pour Tidjane Thiam, l’horizon présidentiel s’assombrit brutalement. Le PDCI, qui voyait en lui une chance de retour au pouvoir, se retrouve face à un vide stratégique. Faudra-t-il désigner un nouveau candidat ? Ou peut-il y avoir un retour politique de dernière minute ?
Une chose est sûre : cette décision judiciaire ne clôt pas le débat. Elle ouvre une nouvelle séquence, à la fois juridique, politique et morale , sur la place des binationaux, les règles d’éligibilité, et l’avenir de la démocratie ivoirienne.
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