Le Sénégal pourrait structurer une filière agricole forte autour d’une céréale locale stratégique : le fonio. C’est le pari d’Elhadji Mamadou Boye Diallo, un entrepreneur sénégalais qui a choisi de rentrer dans son pays pour développer cette culture encore sous-valorisée mais riche en potentiel économique, nutritionnel et écologique. Le jeune trentenaire a lancé, dans la région de Tambacounda, à l’est du pays, une entreprise dédiée à la transformation et à la commercialisation de produits à base de cette céréale traditionnelle.
À travers cette structure, connue sous le nom de « GIE des Jeunes Travailleurs », il commercialise différents produits issus du fonio, destinés aussi bien aux consommateurs particuliers qu’aux professionnels tels que les restaurants, hôtels et boutiques spécialisées.
Selon Elhadji Mamadou Boye Diallo, l’idée de lancer cette entreprise lui est venue après une expérience au Brésil, où il a observé comment le soja avait transformé l’agriculture nationale en structurant toute une économie agricole et industrielle. « Je me suis alors dit que le Sénégal pouvait également structurer une filière forte autour d’une céréale locale stratégique : le fonio », explique-t-il dans un entretien accordé à la dpa.
Une céréale aux multiples atouts
Convaincu que le fonio pouvait jouer un rôle similaire en Afrique de l’Ouest, il décide alors de retourner dans son pays d’origine pour concrétiser son projet. Pour lui, cette céréale représente un levier stratégique à plusieurs niveaux.
Sur le plan nutritionnel, le fonio constitue une alternative au riz et à la farine blanche, notamment pour les personnes diabétiques. Riche en fibres, en protéines et en minéraux, le fonio se distingue également par son faible index glycémique et par l’absence de gluten. Sur le plan environnemental, cette céréale traditionnelle s’adapte particulièrement bien aux défis du changement climatique. Son cycle de maturation est court et son système racinaire contribue à limiter l’érosion des sols.
Par ailleurs, l’intérêt économique est également important. Le marché du fonio en Afrique est estimé à plus de 18 milliards d’euros, porté par une demande croissante pour des produits alimentaires plus sains, indique l’entrepreneur, assurant que son entreprise a multiplié son activité par plus de deux entre 2024 et 2025.
Développer de nouveaux produits à base de fonio
« La filière présente aussi une dimension sociale notable. Près de 65 pour cent des acteurs du secteur sont des femmes, notamment dans les activités de transformation », souligne-t-il.
Aujourd’hui, l’entreprise d’Elhadji Mamadou Boye Diallo s’est imposée comme l’un des principaux acteurs de la vente de fonio dans la région de Tambacounda et poursuit son expansion vers les marchés urbains, notamment à Dakar. « Les produits commencent également à circuler à l’international grâce à certains clients, notamment à Paris, Rome et Montréal. L’entreprise compte actuellement plus de 500 clients, dont environ 200 actifs », se félicite-t-il.
Dans les prochaines années, l’entrepreneur ambitionne de devenir l’un des leaders du fonio au Sénégal en développant de nouveaux produits transformés à base de cette céréale. L’objectif, selon lui, est de contribuer à la valorisation durable des céréales africaines tout en créant de la valeur économique, sociale et nutritionnelle pour les populations.
dpa
