La situation sécuritaire au Soudan du Sud connaît une détérioration rapide, marquée par une recrudescence des violences intercommunautaires et des affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés d’opposition. Dans ce contexte déjà fragile, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exprimé son « horreur » face à la multiplication des violations graves des droits humains signalées dans le pays au cours des dernières semaines.
Indépendant du Soudan depuis la sécession de 2011, le plus jeune État du monde reste prisonnier de tensions politiques persistantes et de rivalités ethniques. La rivalité entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar fragilise l’accord de paix conclu après la guerre civile qui a dévasté le pays entre 2013 et 2018. Les observateurs redoutent désormais un effondrement progressif du processus de paix et un possible retour à un conflit généralisé.
Massacres de civils et violences ciblées
Selon les informations recueillies par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, plus de 160 civils ont été tués au cours des dix-sept derniers jours. Le massacre le plus meurtrier s’est produit le 1er mars dans la localité d’Abiemnom, dans le nord du pays, où au moins 139 personnes ont été tuées lors d’une attaque menée par des combattants issus du groupe ethnique Bul Nuer.
D’autres exactions ont été attribuées aux forces gouvernementales. Le 21 février, dans le village de Pankor, situé dans le comté d’Ayod, dans l’État du Jonglei, 21 civils auraient été abattus par des soldats après avoir été invités à se rassembler sous prétexte de recevoir de l’aide alimentaire. Le même jour, quatre civils auraient été ligotés puis décapités par des militaires dans le village de Thiam, dans l’État du Bahr el Ghazal occidental.
Face à cette escalade, la Mission des Nations unies au Soudan du Sud, Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), tente de maintenir une présence dissuasive sur le terrain. L’armée sud-soudanaise a toutefois ordonné le 6 mars l’évacuation de tous les civils de la ville d’Akobo et demandé la fermeture de la base temporaire de la mission onusienne dans cette zone. Les Casques bleus ont refusé de se retirer, estimant que leur présence restait essentielle à la protection des populations.
Des actes pouvant constituer des crimes de guerre
« Des civils sont brutalement tués, blessés et déplacés chaque jour », a dénoncé Volker Türk, avertissant que certaines exactions pourraient relever de crimes de guerre. Parmi les accusations les plus graves figurent la destruction ou la contamination volontaire de sources d’eau. Des témoignages recueillis par les enquêteurs onusiens indiquent qu’environ 99 puits auraient été détruits ou empoisonnés lors de frappes aériennes gouvernementales.
Depuis la fin du mois de décembre, plus de 280 000 personnes ont été déplacées dans plusieurs régions du pays, notamment dans les États de Jonglei, des Lacs et du Haut-Nil. Cette crise humanitaire est aggravée par l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin et par l’interruption de la production pétrolière, principale source de revenus du pays.
Le conflit soudanais aggrave la déstabilisation régionale
La crise au Soudan du Sud s’inscrit dans un contexte régional explosif. Depuis avril 2023, le Soudan est lui-même plongé dans une guerre opposant les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR). Ce conflit a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires au monde, avec des millions de déplacés et des accusations de génocide dans la région du Darfour.
Ces derniers jours, les Nations unies ont également dénoncé l’usage croissant de drones armés dans ce conflit. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, plus de 200 civils auraient été tués depuis le 4 mars dans les régions du Kordofan et de l’État du Nil-Blanc.
Dans l’État du Kordofan-Ouest, au moins 152 civils auraient péri lors de frappes de drones attribuées aux forces armées soudanaises. Le 4 mars, un marché et un hôpital ont été touchés à Al-Muglad, faisant au moins cinquante morts. D’autres attaques ont visé des marchés à Abu Zabad et Wad Banda le 7 mars, tandis qu’un camion transportant des civils aurait été frappé le 10 mars à Al-Sunut.
Parallèlement, des bombardements menés par les Forces de soutien rapide et leurs alliés du SPLM-Nord auraient fait au moins 39 morts dans l’État du Kordofan du Sud, dont plusieurs à Dilling.
Appel urgent à un cessez-le-feu
Face à l’extension des violences et à l’usage d’armes explosives dans des zones densément peuplées, Volker Türk a exhorté les belligérants à respecter le droit international humanitaire et à cesser immédiatement les attaques contre les civils et les infrastructures civiles.
Le responsable onusien a également appelé la communauté internationale à intensifier ses efforts diplomatiques afin d’obtenir un cessez-le-feu rapide et de permettre l’acheminement sécurisé de l’aide humanitaire.
« La violence, alimentée par ces nouvelles technologies de guerre, ne cesse de se propager. Il est grand temps qu’elle cesse. Le peuple soudanais a déjà bien trop souffert », a-t-il déclaré.
Dans une région déjà fragilisée par les conflits et les crises humanitaires, l’enchevêtrement des violences au Soudan et au Soudan du Sud fait craindre l’émergence d’un foyer d’instabilité durable susceptible d’embraser une partie de l’Afrique de l’Est.
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