Dans un monde en pleine reconfiguration géopolitique et économique, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins. C’est le constat posé par le Rapport 2025 sur le commerce africain, publié cette semaine par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui explore comment le continent peut tirer parti des bouleversements actuels pour renforcer son autonomie commerciale et financière.
Le document de plus de 100 pages, intitulé « Le commerce africain dans une architecture financière mondiale en mutation », dresse un état des lieux sans détour : entre ralentissement économique mondial, instabilité des marchés, et montée du protectionnisme, les économies africaines font face à un environnement difficile. Mais elles disposent également d’opportunités inédites.
Une croissance modeste mais résiliente
En 2024, l’économie africaine a progressé de 3,2 %, un chiffre encore éloigné des 5 % de croissance enregistrés avant la pandémie, mais meilleur que beaucoup ne l’anticipaient. Cette performance tient en grande partie à des réformes fiscales engagées dans plusieurs pays, à des prix élevés sur certaines matières premières (or, cacao, café), et à une dynamique de diversification dans certains secteurs.
Sur le front commercial, l’Afrique a connu un rebond impressionnant : +13,9 % en valeur pour ses échanges extérieurs, atteignant 1 527 milliards de dollars, et +12,4 % pour le commerce intra-africain, à 220,3 milliards de dollars.
La ZLECAf, levier de résilience et de transformation
Au cœur de cette dynamique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s’impose progressivement comme un pilier stratégique. Au-delà de la simple réduction tarifaire, la ZLECAf est vue comme un tremplin vers l’industrialisation, la digitalisation et la souveraineté économique.
Mais sa mise en œuvre reste incomplète. Beaucoup de pays n’ont pas encore établi de comités nationaux de coordination. Le rapport insiste : pour que la ZLECAf tienne ses promesses, l’Afrique doit accélérer l’harmonisation réglementaire et les investissements dans les infrastructures logistiques et numériques.
Dépendance financière : le talon d’Achille du continent
Le rapport rappelle un chiffre clé : le déficit de financement du commerce africain est estimé à 100 milliards de dollars par an. Ce manque freine particulièrement les petites et moyennes entreprises, qui représentent pourtant jusqu’à 90 % de l’activité économique sur le continent.
Dans ce contexte, les institutions africaines comme Afreximbank, la Banque africaine de développement (BAD) ou les banques régionales jouent un rôle de plus en plus central. À elles seules, ces structures ont mobilisé plus de 60 milliards de dollars en 2024. Afreximbank prévoit de doubler le financement du commerce intra-africain d’ici 2026, atteignant 40 milliards de dollars.
Autre outil en plein essor : le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui permet des transactions interafricaines en monnaie locale, réduisant ainsi la dépendance au dollar ou à l’euro.
Un rôle plus fort sur la scène mondiale
Depuis 2023, l’Union africaine siège au G20, une avancée diplomatique majeure. Le rapport y voit une occasion unique pour faire pression sur des réformes attendues depuis longtemps : réallocation des Droits de tirage spéciaux (DTS), accès facilité aux financements climatiques, refonte des règles de notation de crédit.
« L’Afrique ne doit plus être un spectateur du système financier international. Elle doit en être un architecte », affirme le président d’Afreximbank, le professeur Benedict Oramah, en introduction du rapport.
Des propositions concrètes
Le rapport recommande une série d’actions prioritaires :
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Capitaliser davantage les institutions financières africaines, pour leur permettre de jouer un rôle de stabilisateur économique ;
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Accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf, notamment sur les règles d’origine et les mécanismes de certification ;
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Développer les paiements numériques interopérables pour fluidifier les échanges régionaux ;
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Utiliser la voix africaine au G20 pour obtenir une représentation plus juste dans les décisions économiques mondiales.
Une vision de rupture… ou de renaissance ?
En somme, le rapport 2025 d’Afreximbank ne se limite pas à un diagnostic. Il trace un cap, lucide mais optimiste, vers une reconfiguration stratégique du commerce africain. Dans un monde fracturé, l’Afrique peut — et doit — bâtir un modèle d’intégration fondé sur ses propres priorités, ses propres institutions et sa propre souveraineté.
« Ce moment n’est pas celui de la marginalisation de l’Afrique. C’est celui de sa renaissance. » — Prof. Benedict Oramah, Afreximbank.
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