À Conakry, le pouvoir guinéen accélère sa recomposition économique. Au lendemain de l’inauguration du nouveau siège de la Banque centrale, présenté comme un marqueur de souveraineté monétaire, le président Mamadi Doumbouya a réuni, les principaux acteurs du secteur privé. Objectif affiché : repositionner l’entreprise comme moteur de la transformation économique, dans un cadre redéfini par l’État.
Autour du chef de l’État, plusieurs figures du premier cercle présidentiel, dont Amara Camara et Djiba Diakité, ainsi que des membres du gouvernement et des responsables sécuritaires. Une configuration qui souligne la dimension stratégique de cette séquence, au croisement de l’économie et de la gouvernance.
Une Banque centrale érigée en levier de dialogue économique
Dans un geste à forte portée symbolique, le président guinéen a « confié » la Banque centrale aux acteurs du secteur privé, non pas dans une logique de transfert institutionnel, mais comme un signal d’ouverture et de co-construction. L’institution monétaire devient ainsi un point d’ancrage du dialogue économique, dans un pays confronté à des tensions récurrentes sur la liquidité et à des défis de financement.
Derrière ce symbole, une ambition : associer plus étroitement les opérateurs économiques à la mise en œuvre des politiques publiques. « Le secteur privé doit être au cœur de la transformation », a insisté le chef de l’État, appelant à une responsabilité partagée dans la conduite des réformes.
Simandou 2040 en toile de fond
Cette inflexion s’inscrit dans la trajectoire du programme Simandou 2040, présenté comme la colonne vertébrale du développement guinéen. Axé sur la valorisation du gigantesque gisement de fer de Simandou et ses effets d’entraînement, ce programme vise une transformation structurelle de l’économie : industrialisation, infrastructures, montée en gamme des chaînes de valeur.
Dans ce schéma, le secteur privé est appelé à jouer un rôle d’exécution et d’investissement, sous l’impulsion d’un État stratège. Les autorités attendent des entreprises qu’elles s’alignent sur les priorités nationales, notamment en matière de création d’emplois, de formalisation et de contribution fiscale.
Réformes, discipline et climat des affaires
Le message présidentiel se veut double. D’un côté, une ouverture assumée aux investisseurs, avec la promesse d’un environnement plus lisible, fondé sur la transparence et la stabilité. De l’autre, une exigence accrue de discipline économique. Les opérateurs ont été invités à adapter leurs pratiques aux réformes en cours, dans un contexte où l’État cherche à reprendre la main sur certains équilibres macroéconomiques.
Cette ligne s’inscrit dans une tentative de normalisation du climat des affaires, longtemps perçu comme contraint par des incertitudes réglementaires et des difficultés d’accès au financement. Le pari des autorités : restaurer la confiance sans relâcher le contrôle.
Un partenariat public-privé en construction
Au terme de la rencontre, les représentants du secteur privé ont affiché un optimisme prudent, saluant la volonté d’ouverture du pouvoir. Reste que la concrétisation de ce partenariat dépendra de la capacité de l’État à traduire ses engagements en mesures opérationnelles : simplification administrative, accès au crédit, sécurisation juridique.
Pour Mamadi Doumbouya, l’enjeu est clair : faire émerger un tissu entrepreneurial capable d’accompagner la mutation économique du pays, tout en répondant aux attentes sociales croissantes.
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