La guerre du Tigré, qui a opposé de 2020 à 2022 les forces fédérales éthiopiennes, appuyées notamment par l’Érythrée, aux autorités régionales tigréennes, a fait jusqu’à 800.000 morts selon certaines estimations et provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes, rappelle la fondation. Malgré la fin officielle des combats, la situation demeure instable. Le TPLF, longtemps acteur central du pouvoir éthiopien, est aujourd’hui affaibli et divisé. Des tensions opposent l’administration intérimaire mise en place par le gouvernement fédéral à des factions plus radicales, critiques du processus de paix et de la présence continue des forces fédérales.
La Corne de l’Afrique demeure un foyer d’instabilité
Selon l’analyse, Addis-Abeba tirerait parti de cette fragmentation pour renforcer son contrôle sur la région, notamment en retardant le rétablissement des institutions élues et la mise en œuvre complète de l’accord de Pretoria. L’Érythrée, pour sa part, maintient une présence militaire au Tigré et conserve une position stratégique grâce à ses ports d’Assab et de Massawa, sur la mer Rouge. Le régime d’Isaias Afewerki utiliserait les tensions régionales pour consolider son contrôle intérieur, dans un contexte d’isolement diplomatique accru.
Plus grand pays enclavé d’Afrique, l’Éthiopie dépend à près de 95 pour cent du port de Djibouti pour son commerce extérieur. Dans un contexte économique tendu, la recherche d’alternatives d’accès à la mer, notamment via l’Érythrée ou le Somaliland, comporte d’importants risques sécuritaires, souligne la fondation Rosa-Luxemburg. Dans une région marquée par des conflits anciens et des rivalités géopolitiques persistantes, la Corne de l’Afrique demeure un foyer d’instabilité, où toute provocation pourrait entraîner une nouvelle flambée de violence, conclut l’analyse.
