Conakry et Bamako ont réaffirmé mardi leur volonté d’approfondir une coopération politique, sécuritaire et économique jugée « essentielle » pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest. À l’issue d’une séance de travail, les Premiers ministres Abdoulaye Maïga (Mali) et Amadou Oury Bah (Guinée) ont tenu un point de presse conjoint où les deux dirigeants ont insisté sur la nécessité d’un partenariat « durable » face à des défis régionaux croissants.
Une relation bilatérale ancrée dans l’histoire et réactualisée
Le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a rappelé que sa visite répond à une orientation conjointe des présidents Mamadi Doumbouya et Assimi Goïta, présentée comme l’héritière directe de la vision panafricaniste d’Ahmed Sékou Touré et de Modibo Keïta. Il a salué des échanges bilatéraux « pertinents » et plaidé pour la relance active des sous-commissions de la Grande Commission mixte Mali–Guinée, un mécanisme stratégique tombé en léthargie ces dernières années.
Maïga a exprimé la gratitude de Bamako pour le soutien « constant » de Conakry lors des sanctions imposées par la CEDEAO, un épisode qui a largement isolé le Mali sur la scène régionale. Il a également félicité les autorités guinéennes pour le lancement du premier train du projet Simandou, présenté comme un « signal de leadership » à l’échelle africaine.
Bamako tente de rassurer et de recentrer le narratif
Sur la situation militaire au Mali, Abdoulaye Maïga a défendu un discours d’optimisme prudent, affirmant que le pays a connu une « amélioration substantielle » de sa situation sécuritaire au cours des trois dernières années. Tout en dénonçant la « désinformation » et certaines narrations médiatiques internationales, il a insisté sur le fait que la capitale Bamako « n’a jamais été menacée » par les groupes armés.
La sécurité reste toutefois un enjeu stratégique commun. Le Premier ministre malien a rappelé l’interdépendance des deux États dans la lutte contre le terrorisme, estimant qu’aucune réponse durable ne peut être envisagée sans une coopération régionale renforcée.
Amadou Oury Bah souligne la “communauté de destin” entre les deux pays
Pour son homologue guinéen, Amadou Oury Bah, cette visite répond à une instruction directe du Président malien. Il a souligné la proximité historique et géopolitique entre les deux pays, affirmant que « tout ce qui affecte le Mali affecte nécessairement la Guinée ».
Bah a insisté sur la nécessité de maintenir des consultations régulières et de relancer les grands projets structurants, notamment en matière d’accès à la mer pour le Mali et de coopération économique. Il a assuré que la Guinée entend poursuivre son soutien au Mali, y compris dans la lutte contre l’expansion des groupes terroristes vers les pays côtiers.
Une coopération bilatérale qui s’inscrit dans une recomposition régionale
La rencontre survient dans un contexte de recomposition stratégique en Afrique de l’Ouest, marqué par le retrait progressif de certaines forces internationales du Sahel, la montée d’initiatives sécuritaires domestiques et l’émergence de nouveaux blocs politiques régionaux.
Pour les observateurs, le rapprochement entre Conakry et Bamako illustre l’émergence d’un axe ouest-africain fondé sur la souveraineté et l’autonomie stratégique. Les deux pays insistent sur des mécanismes bilatéraux plutôt que sur des espaces multilatéraux traditionnels, reflétant une volonté de rééquilibrer leurs alliances et de s’affranchir d’une diplomatie jugée trop dépendante de l’extérieur.
Sur le plan économique, la référence au Simandou montre que le partenariat ne se limite pas aux questions sécuritaires, mais touche également à des projets structurants pouvant redéfinir les équilibres économiques de la région.
Une dynamique qui devrait s’intensifier
Alors que le Mali continue de faire face à des défis sécuritaires lourds et que la Guinée se prépare à une échéance électorale majeure, les deux gouvernements semblent déterminés à maintenir un dialogue stratégique permanent. Leur coopération pourrait, à terme, peser davantage dans la redéfinition des rapports de force en Afrique de l’Ouest.
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