À quelques jours des manifestations nationales prévues le 9 décembre 2025, les autorités tanzaniennes ont procédé à une série d’arrestations ciblant des organisateurs présumés et des sympathisants de l’opposition. Human Rights Watch (HRW) dénonce une vague de répression « arbitraire » et appelle le gouvernement à libérer immédiatement toutes les personnes détenues.
Les rassemblements annoncés, prévus pour coïncider avec la Journée de l’Indépendance, visent à protester contre l’usage de la force par la police lors des élections générales du 29 octobre. Bien que le gouvernement ait annulé les célébrations officielles le président Samia Suluhu Hassan ayant réaffecté les fonds à la reconstruction d’infrastructures endommagées pendant les troubles post-électoraux les appels à manifester se sont multipliés sur les réseaux sociaux.
Depuis la mi-novembre, au moins dix militants, enseignants, professionnels de santé et membres du principal parti d’opposition, le Chadema, ont été arrêtés pour des publications en ligne liées aux protestations à venir. Plusieurs arrestations ont d’abord été signalées comme des « disparitions » avant d’être confirmées par la police, souvent après plusieurs jours. Les accusations portent notamment sur « incitation », « diffusion de messages provocateurs » ou « promotion du crime » via des groupes WhatsApp et d’autres plateformes.
La pression s’est également accentuée sur les organisations de la société civile. Le 12 novembre, des agents ont perquisitionné un hôtel de Dar es Salaam, saisissant le matériel de membres du Legal and Human Rights Center, avant de les interroger sur leurs travaux liés aux violences électorales. Parallèlement, la société Meta a indiqué avoir restreint l’accès à certains contenus en Tanzanie à la demande des autorités, incluant des appels à des manifestations pacifiques.
Dans ce climat tendu, l’ambassade des États-Unis a alerté ses ressortissants sur des fouilles électroniques menées par les forces de sécurité. Plusieurs institutions internationales et experts onusiens ont déjà fait état d’exécutions extrajudiciaires, d’enlèvements et de détentions massives depuis les élections.
Le 18 novembre, la présidence tanzanienne a annoncé la mise en place d’une commission d’enquête composée uniquement d’anciens responsables de l’État. HRW critique une structure « dépourvue d’indépendance », accusant le gouvernement de chercher davantage les instigateurs des protestations plutôt que de répondre aux violations documentées.
Human Rights Watch rappelle que la Constitution tanzanienne, de même que les conventions régionales et internationales, garantit la liberté d’expression, de réunion pacifique et protège les citoyens contre les arrestations arbitraires.
« Les autorités doivent maintenant se concentrer sur la justice et la vérité concernant les graves violations commises après les élections », a déclaré Oryem Nyeko, chercheur principal Afrique à HRW. « Ne pas agir serait une injustice pour les victimes et une menace pour les droits fondamentaux de tous les Tanzaniens. »
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