Une équipe internationale de chercheurs a annoncé la découverte de trois nouvelles espèces de crapauds arboricoles « bizarres et verruqueux » originaires des Eastern Arc Mountains en Tanzanie. Cette trouvaille est particulièrement significative, car ces amphibiens sont vivipares et donnent naissance à des jeunes crapauds pleinement développés, sans passer par le stade têtard une stratégie de reproduction extrêmement rare. L’étude, qui met en lumière l’importance cruciale des collections d’histoire naturelle, a été publiée cette semaine dans la revue en libre accès Vertebrate Zoology.
La viviparité chez les grenouilles et les crapauds est un phénomène exceptionnel, concernant moins d’un pour cent de toutes les espèces. Le professeur associé Mark D. Scherz, conservateur en herpétologie et co-auteur, souligne qu’il existe « une énorme diversité dans la biologie reproductive des amphibiens », allant bien au-delà du cycle classique œuf-têtard-adulte. Cette découverte fait écho à celle du chercheur allemand Gustav en 1905, qui avait déjà révélé un crapaud vivipare en Tanzanie, dont les spécimens types sont conservés au Muséum d’Histoire Naturelle de Berlin et ont été réexaminés pour cette étude grâce à la méthode de la « muséomique ».
Eastern Arc Mountains : un hotspot de biodiversité menacé
Ces nouvelles espèces, appartenant au genre Nectophrynoides, ont été identifiées grâce à des analyses phylogénétiques et l’extraction de séquences d’ADN à partir de centaines de spécimens conservés dans divers musées. Le Dr Simon P. Loader, co-auteur et expert des amphibiens d’Afrique de l’Est, insiste sur l’importance de ces découvertes pour la protection de la biodiversité : « Si nous perdons ces forêts, nous perdrons l’une des formes de reproduction les plus inhabituelles du règne animal ».
Les Eastern Arc Mountains sont un hotspot de biodiversité menacé, connu pour ses nombreuses espèces endémiques. Les forêts denses qui couvrent ces montagnes sont cependant fortement fragmentées, comme le soulignent les chercheurs, avec des conséquences désastreuses pour la faune locale. La situation est critique : une espèce du genre, Nectophrynoides asperginis, est déjà éteinte à l’état sauvage, et une autre, Nectophrynoides poyntoni, n’a pas été observée depuis sa découverte en 2003, rappelant l’urgence de la conservation de ces habitats uniques.
