Amnesty International accuse les Forces de soutien rapide (RSF) d’avoir mené une attaque délibérée et meurtrière contre des civils dans le camp de Zamzam, le plus grand site de déplacés internes du Nord-Darfour, lors d’une offensive menée du 11 au 13 avril 2025. Dans un rapport publié aujourd’hui, l’organisation affirme que les combattants des RSF ont tué des civils, pris des otages, incendié des quartiers entiers et détruit des infrastructures essentielles, des mosquées aux écoles en passant par des cliniques de santé. Amnesty appelle à l’ouverture d’enquêtes pour crimes de guerre au regard du droit international.
Selon le rapport intitulé « A refuge destroyed », l’assaut armé, marqué par l’utilisation d’armes explosives et de tirs indiscriminés dans des zones densément peuplées, a provoqué la fuite d’environ 400 000 personnes en 48 heures. Cette attaque s’inscrivait dans la campagne militaire lancée en mai 2024 par les RSF pour s’emparer d’El Fasher, capitale du Nord-Darfour, qu’elles ont finalement revendiqué contrôler le 26 octobre après l’exécution de dizaines d’hommes non armés et le viol de nombreuses femmes et jeunes filles.
« L’assaut brutal des RSF contre des civils affamés et vulnérables à Zamzam révèle une fois de plus leur mépris total pour la vie humaine », a dénoncé Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, affirmant que certains pays, dont les Émirats arabes unis, ont contribué à alimenter le conflit par leurs livraisons d’armes.
Amnesty International, qui a mené des recherches entre juin et août 2025, a recueilli les témoignages de 29 survivants, proches de victimes, travailleurs humanitaires et personnels de santé, tout en analysant images satellites, vidéos et photos du site. Les RSF n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de l’organisation.
Les récits des survivants décrivent des bombardements intenses, des tirs aléatoires dans les rues, et des exécutions ciblées de civils cherchant refuge dans des maisons, une clinique ou une mosquée. Des infrastructures civiles, dont le marché, des habitations et le complexe de l’école et de la mosquée Sheikh Farah, ont été pillées puis incendiées. De telles attaques contre des zones dépourvues de cibles militaires pourraient constituer des violations graves du droit humanitaire international.
Privées de nourriture, d’eau, de soins et de protection, des milliers de familles ayant fui Zamzam disent se sentir abandonnées. Plusieurs témoins rapportent également des violences susceptibles de constituer des crimes de guerre, dont des viols, des meurtres et des actes de pillage.
Amnesty appelle la communauté internationale Union africaine, Union européenne, IGAD, États-Unis, Royaume-Uni, Chine et Russie à étendre l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan et à cesser tout transfert vers les belligérants, notamment vers les Émirats arabes unis, en raison du risque élevé de détournement.
« Personne ne se préoccupe de notre situation », confie Elnor*, qui dit avoir vu les RSF tuer son frère de 80 ans et son neveu de 30 ans lors du raid. Les déplacés réclament en urgence une assistance humanitaire, une protection effective et des mécanismes de justice pour les crimes commis.
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