Le verdict des urnes ne laisse guère de place au doute. Selon des résultats provisoires annoncés mardi 14 avril, Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle avec plus de 94 % des suffrages exprimés. Une victoire écrasante, acquise dès le premier tour, qui ouvre une nouvelle séquence politique dans ce pays d’Afrique de l’Ouest longtemps présenté comme un modèle de stabilité démocratique.
Ministre de l’économie et des finances depuis 2016, cet ancien banquier de 49 ans s’impose comme le successeur naturel de Patrice Talon, dont il fut l’un des plus proches collaborateurs. Arrivé au terme de son second mandat, ce dernier ne pouvait briguer un nouveau mandat, conformément à la Constitution.
Une victoire annoncée
Face à lui, l’opposant Paul Hounkpè n’a recueilli qu’une faible part des suffrages. Il a d’ailleurs reconnu sa défaite avant même la proclamation officielle, saluant la victoire de son adversaire dans un climat sans contestation majeure.
Le taux de participation, estimé à près de 59 %, marque une légère progression par rapport au scrutin de 2021. Mais derrière ces chiffres, c’est surtout l’absence de véritable suspense qui retient l’attention.
Car, pour nombre d’observateurs, l’issue de cette présidentielle semblait scellée bien avant le jour du vote. La campagne s’est déroulée dans un contexte où plusieurs figures importantes de l’opposition n’ont pas pu se présenter, alimentant les critiques sur la compétitivité du scrutin.
Un climat politique sous tension
Depuis plusieurs années, le paysage politique béninois s’est profondément recomposé. Des réformes institutionnelles et électorales ont redéfini les règles du jeu, réduisant de facto l’accès à la compétition pour certains partis et candidats.
Ce cadre a contribué à renforcer la domination du camp présidentiel, tout en suscitant des inquiétudes quant au pluralisme politique. Si le scrutin du 12 avril s’est déroulé dans le calme, il intervient dans un climat où l’espace démocratique est jugé plus restreint qu’auparavant par une partie de la société civile et des observateurs internationaux.
La promesse de la continuité
L’élection de Romuald Wadagni s’inscrit dans une logique de continuité. Architecte des réformes économiques menées sous Patrice Talon, il incarne une ligne axée sur la modernisation de l’économie, l’attractivité des investissements et la rigueur budgétaire.
Durant la campagne, il a mis en avant son bilan à la tête des finances publiques, revendiquant une croissance soutenue et une transformation progressive de l’économie béninoise.
Mais au-delà des indicateurs macroéconomiques, les attentes restent fortes. Une partie de la population aspire à une meilleure redistribution des fruits de la croissance, dans un contexte marqué par des inégalités persistantes.
Des défis immédiats
Le nouveau président devra également composer avec des enjeux sécuritaires croissants. Le nord du Bénin est confronté à une extension des menaces jihadistes, dans un contexte régional instable qui touche plusieurs pays du Sahel et du golfe de Guinée.
À cela s’ajoute la nécessité de retisser le lien politique avec une opposition fragilisée mais toujours présente, et de restaurer la confiance d’une partie de l’opinion publique.
Une transition sous surveillance
Les résultats proclamés restent provisoires et doivent encore être validés par la Cour constitutionnelle. Cette formalité ne devrait toutefois pas remettre en cause l’issue du scrutin.
Imedias.net
