Le ministre du Plan Ismaël Nabé a reçu ce mardi une délégation de l’UNOPS pour discuter de la mise en œuvre concrète du programme Simandou 2040. Derrière le protocole diplomatique, une question s’impose : la Guinée a-t-elle les moyens de ses ambitions ?
Le programme est bouclé. C’est officiel. 122 projets, trois phases d’exécution 2030, 2035, 2040 et une vision nationale qui, sur le papier, repositionne la Guinée comme l’une des économies africaines les plus dynamiques de la prochaine décennie. Le président Mamadi Doumbouya l’a voulu, ses ministres l’ont construit. Reste maintenant à le livrer.
C’est précisément pour cela que l’UNOPS était à Conakry ce mardi.
L’agence onusienne spécialisée dans l’exécution de projets complexes celle qu’on appelle quand les ambitions dépassent les capacités institutionnelles disponibles a été reçue par le ministre Nabé dans le cadre d’un suivi de discussions engagées, selon le ministère, «au plus haut niveau». Traduction : ce dossier remonte jusqu’à la présidence, et l’UNOPS ne débarque pas en terrain vierge.
Ce qui s’est dit, et ce que ça révèle
Trois points ont structuré la réunion. Le premier concerne les mécanismes concrets de mise en œuvre autrement dit, qui fait quoi, avec quel argent, selon quelle procédure. Le deuxième porte sur l’alignement de l’appui onusien sur les priorités guinéennes manière diplomatique de s’assurer que l’UNOPS exécute la vision de Conakry, et non l’inverse. Le troisième touche au renforcement du partenariat sur les projets dits structurants ceux dont l’effet d’entraînement est jugé prioritaire.
L’idée de créer une Delivery Unit a également été posée sur la table. Le concept, popularisé au Royaume-Uni sous Tony Blair et adopté depuis par une douzaine de gouvernements africains avec des résultats contrastés, consiste à créer une cellule de pilotage resserrée, placée au plus près du pouvoir exécutif, chargée de débloquer les goulets d’étranglement et de suivre l’avancement des réformes en temps réel. Son évocation dans ce cadre dit quelque chose sur la conscience qu’ont les autorités guinéennes des obstacles qui les attendent.
La capacité d’absorption : le nœud du problème
Car le vrai sujet est celui de la capacité d’absorption. L’UNOPS l’a mis sur la table sans détour, en proposant des modules de renforcement des capacités destinés aux structures chargées d’exécuter le programme. Message implicite : avoir 122 projets identifiés ne sert à rien si les administrations censées les piloter n’ont pas les ressources humaines, les procédures ni les outils pour le faire.
C’est l’un des grands impensés des programmes de développement africains. Les plans sont souvent excellents. Ce sont les appareils d’État sous-staffés, sous-financés, parfois sous-formés qui peinent à les transformer en routes, en hôpitaux, en usines. La Guinée le sait. L’UNOPS aussi.
Le ministère du Plan en chef d’orchestre
Dans cette architecture, le ministère d’Ismaël Nabé occupe une position centrale. Il ne se contente pas de coordonner : il assure la vulgarisation du programme sa traduction opérationnelle pour l’ensemble des acteurs et le suivi-évaluation de son exécution phase par phase. Un rôle d’arbitre et de tour de contrôle, dans un pays où la coordination entre ministères a longtemps constitué le principal point de friction des politiques publiques.
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