Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a ouvert mardi une série de réunions stratégiques avec les principaux acteurs financiers du continent, dans le but d’élaborer une Nouvelle Architecture Financière Africaine capable de combler le déficit chronique de financement du développement. Cette initiative, qualifiée d’historique par ses dirigeants, vise à réformer en profondeur les mécanismes de mobilisation du capital en Afrique.
À l’invitation du président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, plus de 50 dirigeants issus des bourses africaines, des institutions financières de développement et des fonds d’investissement participent à deux jours d’échanges au siège de la Banque à Abidjan. L’enjeu : renforcer la capacité des marchés de capitaux africains à fournir un financement de long terme, essentiel à la transformation structurelle du continent.
Réduire le gap de financement par une mobilisation accrue du capital local
Dr Ould Tah a rappelé que les marchés de capitaux africains restent insuffisamment développés et ne mobilisent qu’une fraction des ressources nécessaires, alors que les besoins d’investissement se chiffrent en centaines de milliards de dollars chaque année.
« En tant qu’architectes des marchés de capitaux, vous êtes les leviers du futur financier du continent », a déclaré le président de la BAD, soulignant l’importance de renforcer les capacités des institutions locales pour réduire la dépendance africaine à l’aide extérieure.
Pensions funds, capital-investissement et PME au cœur des discussions
Les réformes visant à accroître la capitalisation des fonds de pension africains constituent l’un des axes majeurs des discussions. Selon Dr Félix Edoh Kossi Amenounvé, directeur général de la BRVM, une reconfiguration structurelle est nécessaire pour que ces fonds puissent jouer pleinement leur rôle de financeurs du développement.
Le renforcement des fonds de private equity et de venture capital a également été mis en avant, afin d’améliorer l’accès au financement pour les PME, qui représentent près de 90 % du tissu économique africain mais peinent à trouver du capital-risque.
Moderniser les régulations et harmoniser les marchés
L’intégration régionale et l’harmonisation réglementaire sont apparues comme des priorités. Donald Waweru Wangunyu, de la Bourse de Nairobi, a plaidé pour une meilleure coordination entre régulateurs et opérateurs afin de “passer à l’échelle” et surmonter les obstacles persistants à l’intégration des marchés financiers.
Mme Sonia Ben Frej, présidente de la Bourse de Tunis, a insisté sur la nécessité de mettre à jour des régulations vieillissantes, freinant la fluidité des marchés.
Parallèlement, les participants ont évoqué l’accélération de la digitalisation des marchés financiers, la promotion de la finance durable et les stratégies visant à attirer des capitaux internationaux dans les marchés africains encore sous-représentés dans les portefeuilles mondiaux.
La formation des jeunes Africains aux outils financiers a également été identifiée comme une condition essentielle pour développer un écosystème financier moderne.
Vers une feuille de route continentale de financement
La BAD entend structurer sa stratégie autour de trois priorités :
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Soutien technique aux régulateurs et aux bourses ;
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Diversification de la mobilisation de l’épargne, notamment via les investisseurs institutionnels ;
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Renforcement des capacités et dialogue politique sur les marchés de capitaux.
« Nous devons construire ensemble une architecture financière capable de réduire la volatilité externe et d’assurer un financement stable du développement africain », a conclu Dr Ould Tah.
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