La Commission de l’Union africaine a salué, dans un communiqué, la signature de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale par le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younis El-Menfi, intervenue à Tripoli le 7 janvier 2025. Un acte que Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, qualifie de « décisif » pour l’avenir politique du pays, longtemps miné par les divisions, l’instabilité institutionnelle et les affrontements armés.
Pour l’organisation panafricaine, ce geste revêt une portée hautement symbolique. Il marque, selon elle, une volonté claire des autorités libyennes de s’inscrire dans une dynamique de sortie durable de crise. « Cette initiative sert les intérêts du processus de paix et de réconciliation nationale en Libye », a souligné Mahmoud Ali Youssouf, exprimant sa « profonde appréciation » pour l’engagement pris par le chef de l’exécutif libyen.
Plus de dix ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye reste confrontée à une fragmentation politique persistante, à la coexistence de centres de pouvoir concurrents et à une fragilisation de ses institutions. Dans ce contexte, la signature de cette Charte apparaît comme une tentative de redonner un cadre politique unificateur à un pays en quête de stabilité.
La Commission de l’Union africaine estime que ce texte constitue une étape clé vers l’instauration d’une paix durable. Elle appelle l’ensemble des parties libyennes à s’y engager « pleinement et de bonne foi », dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de tolérance, afin de faire prévaloir l’intérêt national sur les logiques partisanes ou régionales qui ont longtemps paralysé le processus politique.
Au-delà du geste institutionnel, l’UA insiste sur la nécessité d’une appropriation collective de cette Charte. Pour Mahmoud Ali Youssouf, la réconciliation nationale ne peut être imposée d’en haut : elle suppose une implication réelle des forces politiques, des acteurs sociaux, des autorités locales et de l’ensemble de la société libyenne.
La Commission a par ailleurs réaffirmé sa « pleine solidarité » avec la Libye et son peuple, ainsi que sa détermination à poursuivre ses efforts diplomatiques pour accompagner le pays sur la voie de la stabilisation. Elle rappelle que la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, signée sous l’égide de l’Union africaine à Addis-Abeba en février 2025, constitue une priorité stratégique pour l’organisation continentale.
Dans ce cadre, l’Union africaine a également renouvelé son soutien à la nouvelle feuille de route des Nations unies pour la Libye, soulignant l’importance d’une complémentarité entre les initiatives africaines et onusiennes. Une coordination jugée essentielle pour éviter la dispersion des efforts diplomatiques et renforcer la crédibilité du processus de paix.
Pour l’UA, la signature de la Charte à Tripoli ouvre une fenêtre d’opportunité politique qu’il convient de saisir sans tarder. Mais elle ne saurait, à elle seule, résoudre une crise aux racines profondes. Sa portée dépendra de la capacité des acteurs libyens à traduire cet engagement en actes concrets, à travers des réformes institutionnelles, un dialogue inclusif et des mécanismes de justice et de réconciliation.
Dans un pays marqué par une décennie de conflits et de tentatives avortées de transition politique, ce geste est perçu comme un signal encourageant, mais encore fragile. Il ravive l’espoir d’un processus de réconciliation nationale susceptible de réconcilier l’État libyen avec lui-même, et de replacer la Libye sur le chemin de la stabilité et de la souveraineté politique.