Dans un rapport publié récemment, le Secrétaire général des Nations Unies dresse un constat alarmant de la situation des enfants au Burkina Faso, pays déchiré par les violences armées. Pour la première fois, un document officiel du Conseil de sécurité consacre une analyse détaillée à l’impact du conflit sur les enfants burkinabè, révélant une recrudescence sans précédent des violations graves.
Des chiffres effrayants : plus de 2 400 violations graves documentées
Le rapport couvre deux années, de juillet 2022 à juin 2024, et révèle que 2 483 violations graves ont été commises contre 2 255 enfants, dont certains ont subi plusieurs atteintes simultanées. Parmi les exactions recensées figurent :
– 1 386 meurtres ou mutilations d’enfants, dont des nourrissons ;
-257 cas de recrutement et d’utilisation d’enfants dans les combats, principalement par les groupes armés JNIM et EIGS ;
-592 enlèvements, souvent pour usage militaire ou exploitation sexuelle ;
-132 attaques contre des écoles et hôpitaux, infrastructures pourtant protégées par le droit international.
Une guerre qui cible les plus vulnérables
Le Sahel et le Centre-Nord sont les régions les plus affectées, totalisant à elles seules plus de 1 300 cas de violations. Le Secrétaire général s’alarme notamment de la hausse marquée des violences en 2023, où plus de la moitié des meurtres d’enfants ont été enregistrés.
Parmi les faits les plus choquants, le rapport cite l’utilisation de 111 enfants soldats par le groupe JNIM lors d’une attaque militaire en novembre 2023, tous tués par les frappes aériennes gouvernementales.
Des écoles en ruine, des filles ciblées
Au 30 juin 2024, plus de 5 300 écoles étaient fermées, privant 818 000 enfants d’éducation, un terreau fertile pour le recrutement forcé. Les violences sexuelles, sous-déclarées, touchent majoritairement des filles de 12 à 17 ans, souvent violées lors de corvées d’eau ou de bois.
« Une fillette a même perdu la vie suite à un viol collectif », signale le rapport, qui dénonce la quasi-impunité des auteurs. Dans un seul cas, un agresseur a été arrêté.
Accès humanitaire limité et enfants détenus
Les entraves à l’aide humanitaire sont constantes. 96 cas de refus d’accès ont été confirmés, tandis que des installations de l’ONU ont été pillées ou attaquées. Par ailleurs, 25 enfants, tous garçons, sont détenus pour association présumée avec des groupes armés, certains depuis plusieurs années, en violation des principes de protection de l’enfance.
Des efforts salués, mais encore insuffisants
Le rapport reconnaît certains progrès comme la signature d’un protocole de transfert d’enfants associés aux groupes armés, la libération de six enfants détenus et la mise en place de formations sur la protection de l’enfance à destination de plus de 11 000 Volontaires pour la défense de la patrie. Mais ces avancées restent marginales face à l’ampleur de la crise.
Des recommandations claires
Le Secrétaire général appelle à la fin immédiate du recrutement d’enfants et à leur libération inconditionnelle, la cessation des attaques contre les civils, les écoles et les hôpitaux, à un accès humanitaire sans entrave et au renforcement des poursuites judiciaires contre les auteurs de violences sexuelles.
Enfin, l’ONU exhorte les bailleurs de fonds à accroître leur soutien aux programmes de réintégration et de protection des enfants.