Connect with us

Actualité

Soudan : cris étouffés de Zamzam, l’exode silencieux d’un camp sacrifié

Published

on

« Ils sont arrivés à l’aube. Nous avons couru sans rien emporter. Mon petit frère n’a pas survécu. » D’une voix brisée, Fatima, 17 ans, rescapée du camp de Zamzam, raconte l’enfer qu’elle vient de fuir. Derrière elle, dans une chaleur accablante, des femmes, des enfants, des vieillards déshydratés attendent un seau d’eau ou un sachet de riz. Depuis plusieurs jours, ils affluent par milliers à Tawila, ultime refuge encore accessible dans ce Darfour ravagé.

Le 11 avril, les Forces de soutien rapide (RSF) ont lancé une offensive terrestre d’une violence inédite sur Zamzam, le plus grand camp de déplacés du pays. Près d’un demi-million de personnes y vivaient, déjà assiégées et privées d’aide humanitaire depuis des mois. L’attaque a provoqué une fuite désespérée vers El Fasher – où les civils restent coincés, sans assistance – et vers Tawila, où les équipes de Médecins Sans Frontières tentent de répondre à l’urgence.

Des civils livrés à la brutalité des milices

Le camp de Zamzam n’est plus qu’un champ de ruines fumantes. Des témoignages font état de massacres, de maisons incendiées, de tirs à bout portant sur des familles réfugiées sous des tentes. Onze travailleurs humanitaires de l’ONG Relief International figureraient parmi les morts. C’était la dernière structure de soins encore active à Zamzam depuis le départ forcé de MSF en février dernier.

« Nous soignons des enfants que la soif avait pratiquement tués. Certains patients ont des éclats dans le ventre, d’autres des balles dans le dos. Et presque tous ont vu un proche mourir », explique Marion Ramstein, coordinatrice MSF à Tawila. Près de 1 600 consultations d’urgence ont été réalisées en une semaine. Mais les moyens sont dérisoires.

L’ombre d’une épuration ethnique

Les Nations unies alertent depuis des mois sur les risques de massacres à caractère ethnique dans cette région. À Zamzam et El Fasher vivent principalement des membres des communautés Fur et Zaghawa, historiquement ciblées lors des conflits précédents. Les RSF, elles, sont majoritairement issues de tribus arabes. Les images qui filtrent et les récits des survivants font craindre un scénario similaire aux pires heures du Darfour.

Pour MSF, le siège d’El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, pourrait tourner à la catastrophe humanitaire si rien n’est fait. L’organisation appelle à des couloirs humanitaires et, en dernier recours, à des largages aériens de nourriture et de médicaments.

Un million de vies suspendues

À El Fasher, près d’un million de personnes seraient aujourd’hui prises au piège. L’accès par la route est coupé. L’aide internationale, paralysée par les violences et l’inaction politique, reste bloquée. À Tawila, où plus de 25 000 personnes ont déjà trouvé refuge, les abris de fortune s’étendent à perte de vue. Les stocks de nourriture sont épuisés, l’eau est rationnée, et les équipes médicales travaillent jour et nuit.

Rasmane Kabore, chef de mission de MSF au Soudan, lance un cri d’alarme : « On ne peut pas rester spectateurs. Si les routes sont fermées, l’aide doit arriver par les airs. Le silence international est une forme de complicité. »

Pendant ce temps, les visages hagards des rescapés de Zamzam, marqués par la peur et la faim, scrutent l’horizon, espérant que le monde finira par entendre leurs appels.