Une année entière s’est écoulée depuis l’arrestation de plusieurs défenseurs des droits humains, travailleurs humanitaires et anciens responsables locaux en Tunisie, accusés injustement pour leur soutien aux réfugiés et migrants. Dans un communiqué publié aujourd’hui, Amnesty International appelle les autorités tunisiennes à libérer immédiatement ces personnes détenues arbitrairement pour leur engagement humanitaire.
Depuis mai 2024, la Tunisie est le théâtre d’une répression grandissante contre la société civile, marquée par des rafles visant des ONG locales partenaires du HCR. Cette vague d’arrestations s’est accompagnée d’un climat de xénophobie alimenté par les discours officiels et les campagnes haineuses sur les réseaux sociaux. Résultat : au moins dix personnes, dont huit membres d’organisations non gouvernementales et deux anciens élus locaux, sont maintenues en détention préventive sans justification légale valable.
Des ONG ciblées pour leur action humanitaire
Parmi les figures emblématiques de cette répression figurent Mustapha Djemali et Abderrazak Krimi, respectivement directeur et chef de projet du Conseil Tunisien pour les Réfugiés (CTR), une ONG travaillant avec le HCR pour aider les demandeurs d’asile. Ils sont détenus depuis mai 2024, accusés d’“aide à l’entrée clandestine” et d’“hébergement illégal de migrants”, des charges reposant uniquement sur leurs activités professionnelles.
Quelques jours plus tard, ce sont Sherifa Riahi, Yadh Bousselmi et Mohamed Joo, anciens responsables de Terre d’Asile Tunisie, qui sont arrêtés à leur tour. Tous sont poursuivis pour “facilitation de séjour irrégulier”, alors même que leurs actions s’inscrivaient dans un cadre légal, en coordination avec les institutions tunisiennes et internationales.
Imen Ouardani, ex-adjointe au maire de Sousse, a été arrêtée le 11 mai 2024. Son seul tort : avoir collaboré avec Terre d’Asile Tunisie dans le cadre de projets d’assistance aux migrants. Elle fait désormais face à des accusations d’abus de fonction.
Une criminalisation inquiétante de l’aide humanitaire
“Il est profondément choquant que ces défenseurs des droits humains soient enfermés depuis plus d’un an pour avoir simplement aidé des personnes vulnérables”, dénonce Sara Hashash, directrice adjointe d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. “Ils n’auraient jamais dû être arrêtés.”
Selon Amnesty, ces poursuites n’ont aucun fondement juridique solide. Le droit international exige que la détention préventive soit une exception, justifiée par des risques concrets. Or, dans ces affaires, aucune preuve ne démontre un risque de fuite, de récidive ou d’entrave à la justice.
Des conséquences humanitaires dramatiques
Depuis le début de cette répression, de nombreux services essentiels aux migrants ont été suspendus : procédures d’asile, hébergement, soins de santé, aide juridique, protection des enfants… Des milliers de réfugiés, dont des enfants non accompagnés, sont désormais livrés à eux-mêmes.
En avril 2025, le ministre de l’Intérieur, Khaled Ennouri, déclarait vouloir “contrer tout plan visant à modifier la composition démographique de la Tunisie”, des propos interprétés comme un appel à la méfiance, voire à la haine, envers les migrants, en particulier subsahariens. Ces déclarations ont contribué à l’escalade des violences racistes, documentées notamment dans les zones frontalières.
Une offensive contre toute la société civile
Outre le CTR et Terre d’Asile Tunisie, d’autres organisations ont été visées. Mnemty, association anti-racisme, fait l’objet d’enquêtes pour “crimes financiers” sans qu’aucune preuve n’ait été avancée. Children of the Moon, spécialisée dans la protection de l’enfance, a également été inquiétée. Enfin, Salwa Ghrissa, directrice de l’Association pour la Promotion du Droit à la Différence (ADD), est en détention depuis décembre 2024, toujours en attente d’un procès.
Amnesty International exhorte les autorités tunisiennes à mettre fin immédiatement à cette campagne de criminalisation de l’action humanitaire. “Fournir une aide humanitaire, peu importe le statut des bénéficiaires, est un droit protégé par le droit international. L’assimiler à du trafic d’êtres humains est non seulement injuste, mais aussi dangereux”, conclut Sara Hashash.
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