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Trente ans après leur exécution, les “Ogoni Nine” continuent de hanter le Nigeria

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Trente ans se sont écoulés, mais les plaies du delta du Niger restent béantes. Les visages des “Ogoni Nine” neuf militants exécutés pour avoir osé défier les puissances du pétrole continuent de veiller sur les terres souillées d’hydrocarbures, sur ces rivières où plus rien ne vit, et sur les cœurs de ceux qui refusent d’oublier.

À l’occasion du trentième anniversaire de leur pendaison, Amnesty International réclame une chose simple, mais essentielle : leur pleine exoneration.
“Ces hommes ont été tués pour un crime qu’ils n’ont pas commis. Ils méritent justice, pas seulement une grâce symbolique,” plaide Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International Nigeria.

Le 10 novembre 1995, Ken Saro-Wiwa, écrivain, poète et leader du Movement for the Survival of the Ogoni People (MOSOP), montait sur l’échafaud avec huit compagnons d’infortune. Leur crime : avoir dénoncé les ravages de Shell dans leur région, une zone autrefois fertile devenue un cimetière écologique.

À l’époque, le régime militaire du général Sani Abacha ne tolérait pas la dissidence. Les Ogoni Nine furent arrêtés, torturés, jugés à huis clos. Puis pendus.

“Mon mari a été tué comme un criminel”, confie aujourd’hui Esther Kiobel, veuve de l’un des exécutés. “Je me bats depuis trente ans pour laver son nom. Parce qu’un bon nom vaut mieux que l’or et l’argent.”

Les enquêtes d’Amnesty International révèlent que Shell n’était pas un simple témoin de cette répression : le groupe pétrolier aurait fourni encouragement et soutien aux autorités militaires pour “sécuriser ses opérations”. Une lettre confidentielle du parquet néerlandais indique même qu’une opération militaire dans 43 villages Ogoni, en 1994, aurait été déclenchée à la demande de Shell.

Des décennies plus tard, la justice néerlandaise a refusé d’ouvrir une enquête pénale, faute de preuves suffisantes. Mais les militants refusent d’abandonner.
Cette année encore, les communautés Ogale et Bille ont assigné Shell devant la Royal Courts of Justice à Londres, réclamant réparation pour des décennies de pollution et de souffrance.

Soixante ans d’exploitation pétrolière ont transformé le delta du Niger en un paysage de désolation : des pipelines rouillés suintent le long des villages, les marées noires étouffent les mangroves, et les puits d’eau potable sont devenus toxiques.

Pour beaucoup, le combat des Ogoni Nine symbolise celui de toute une génération : une lutte pour la dignité, pour la terre, pour le droit de respirer.

“L’exécution de ces militants a donné carte blanche aux compagnies pétrolières pour écraser toute contestation,” déplore Isa Sanusi. “Mais leur voix n’est pas morte. Elle résonne dans chaque communauté qui refuse le silence.”

Alors que la COP30 s’ouvre au Brésil, les appels à une transition énergétique juste et rapide se multiplient. Amnesty International en profite pour rappeler que l’histoire des Ogoni Nine n’est pas une page tournée, mais une leçon encore vive.

Le 12 novembre, l’organisation publiera un rapport intitulé “Extraction Extinction”, dédié à ces neuf hommes dont le sacrifice a mis en lumière le lien direct entre énergies fossiles, pauvreté et violations des droits humains.

“Trente ans plus tard, nous espérons que les communautés du delta pourront commémorer leurs martyrs sans peur,” conclut Isa Sanusi. “Parce qu’ils n’étaient pas des criminels, mais des éclaireurs.”

Imedias.net

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