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Soudan : mille jours de guerre, et une crise humanitaire désormais hors d’échelle

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Le conflit au Soudan a atteint un seuil symbolique rarement commenté mais lourd de sens : mille jours de guerre. Déclenchée par l’affrontement entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, la crise s’est transformée en une catastrophe humanitaire d’ampleur systémique, qui dépasse désormais les capacités de réponse des acteurs humanitaires.

Ce qui devait être un affrontement de pouvoir s’est mué en une guerre sans ligne de front claire, fragmentant le territoire et désagrégeant les institutions. Les hôpitaux ne fonctionnent plus, les réseaux d’eau et d’assainissement ont été détruits, et les maladies se propagent dans des zones de déplacement surpeuplées. Dans plusieurs régions, la faim atteint des niveaux proches de la famine.

Un conflit qui se prolonge, une aide qui recule

Selon l’International Rescue Committee (IRC), les besoins humanitaires dépassent largement les moyens disponibles. L’organisation observe une baisse d’environ 50 % des financements, au moment même où le nombre de personnes dépendantes de l’aide explose.

Dans son Emergency Watchlist 2026, l’IRC qualifie le Soudan de symbole du « nouvel ordre mondial désarticulé », où les conflits durent, la diplomatie échoue et l’aide internationale s’essouffle. Les cessez-le-feu annoncés se sont succédé sans jamais être respectés, tandis que les tentatives de médiation restent fragmentées et largement inefficaces.

Le Darfour, épicentre d’une violence diffuse

En visite récente au Darfour, Bob Kitchen, vice-président chargé des urgences à l’IRC, décrit un territoire parcouru par des mouvements inverses : des civils fuyant la violence, et des équipes humanitaires tentant de les rejoindre dans des conditions de plus en plus dangereuses.
« Mille jours de guerre, c’est mille jours d’échec », résume-t-il.

La ville d’El Fasher, autrefois un centre urbain majeur, est devenue un symbole de cet effondrement progressif. Ceux qui ont fui vers Tawila, Zalingei ou El Geneina racontent aux humanitaires des violences sexuelles de masse, des exécutions, des recrutements forcés et des séparations familiales lors de déplacements précipités.

L’IRC indique soutenir plus d’un demi-million de personnes, souvent déplacées à plusieurs reprises, mais reconnaît que cette assistance reste largement insuffisante.

Une crise reléguée en marge de l’agenda international

À mesure que la guerre s’installe, le Soudan s’est progressivement imposé comme l’un des angles morts de la diplomatie internationale. Au Conseil de sécurité des Nations unies, les divisions persistent. Les pressions exercées sur les parties au conflit demeurent limitées, tandis que certains acteurs régionaux continuent de tirer profit de la prolongation des hostilités.

Cette combinaison de paralysie diplomatique et de retrait financier contribue à aggraver la situation des civils, qui paient le prix le plus lourd d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi.

L’urgence d’un réengagement

À l’approche de ce cap des mille jours, les organisations humanitaires appellent à un sursaut international : augmentation des financements, accès humanitaire sans entrave et pression diplomatique accrue sur les acteurs impliqués dans la guerre.

« Les Soudanais ont besoin de sécurité, de dignité et d’une perspective de reconstruction », insiste Bob Kitchen. Sans changement majeur, préviennent les humanitaires, le conflit soudanais risque de s’inscrire durablement parmi les crises les plus meurtrières et les plus négligées de la décennie.

Imedias.net