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RDC : la MONUSCO redéploie ses forces face à la montée des violences à Bunia

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Une scène de guerre, en plein jour. Lundi 21 juillet, dans le village de Lopa, à une trentaine de kilomètres au nord de Bunia, des combats d’une rare intensité ont opposé deux groupes armés rivaux, plongeant une fois de plus la chefferie des Bahema Baguru dans le chaos. Tirs nourris, habitations incendiées, civils pris au piège : la journée a marqué un nouveau paroxysme dans la détérioration sécuritaire de la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Tout commence aux alentours de 8 h 15. Depuis Linji, où elle a récemment installé une base mobile, la Mission des Nations unies en RDC (MONUSCO) capte les premiers signaux d’alerte : des hommes lourdement armés, identifiés comme appartenant à la milice CODECO (Coopérative pour le développement du Congo), pénètrent à Lopa. Leur objectif semble clair : en découdre avec un groupe rival, la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), dont l’activisme s’est renforcé dans cette partie du territoire de Djugu.

Une mission d’évacuation sous le feu

Si les premières heures de l’affrontement n’ont pas directement visé les populations civiles, la situation dégénère rapidement. Des cas de pillages, de violences et d’actes de vandalisme sont signalés par les partenaires locaux de la MONUSCO. Le point critique est atteint lorsqu’un appel d’urgence fait état de la présence de civils, dont un prêtre, réfugiés dans l’église catholique du village.

Une patrouille onusienne est immédiatement dépêchée. À son arrivée, elle est prise entre deux feux. Malgré les tirs croisés, six personnes un prêtre, deux femmes et trois enfants parviennent à être exfiltrées. Sur place, les dégâts sont considérables : l’église a été vandalisée, plusieurs véhicules incendiés, des habitations détruites.

Une province sous tension

Dans l’après-midi, l’armée congolaise (FARDC) dépêche des renforts issus du 3401e régiment. Leur présence ramène un calme relatif, mais provoque aussi un mouvement de panique chez certains habitants, méfiants à l’égard des forces régulières. De nouveaux déplacements de population sont observés.

Une réunion de coordination est alors organisée entre les officiers des FARDC et le commandement de la base mobile onusienne. L’agent de liaison communautaire (CLA) de la MONUSCO joue un rôle central dans le rétablissement du dialogue, en établissant un pont entre les forces de sécurité, les autorités coutumières et la société civile.

Ces efforts surviennent dans un contexte plus large de recrudescence des violences dans le nord de Bunia. Depuis plusieurs jours, les localités de Nizi, Iga-Barrière, Lopa et Soleniama sont le théâtre d’affrontements entre l’armée et les combattants de la CRP, un groupe dirigé par l’ancien chef de guerre Thomas Lubanga. Le conflit, qui semblait en déclin, connaît un regain préoccupant, entraînant des déplacements massifs et un climat d’insécurité chronique.

Une présence renforcée, mais insuffisante

La MONUSCO, critiquée par certains pour son inertie, a récemment adopté une posture plus mobile : depuis le 17 juillet, deux bases avancées ont été déployées à Linji et Limani, respectivement occupées par des contingents népalais et bangladais. Objectif : renforcer les capacités de réaction rapide dans une zone où les milices opèrent avec une grande liberté de mouvement.

Mais malgré ces efforts, la Mission reste confrontée à des défis majeurs : coordination difficile avec les FARDC, méfiance d’une partie de la population, et manque de moyens face à des groupes de plus en plus organisés et lourdement armés. À Lopa, comme ailleurs en Ituri, la protection des civils demeure une équation précaire.

Depuis le retrait progressif de la MONUSCO annoncé pour les mois à venir, l’avenir de la région reste incertain. La violence des milices, combinée à la faiblesse des institutions locales, continue d’alimenter un cycle d’instabilité dont les civils sont les premières victimes. À Lopa, le calme est revenu. Mais chacun sait, dans cette région meurtrie, qu’il ne tient souvent qu’à un fil.

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