Alors que les inégalités s’accentuent, que les prix s’envolent et que les économies vacillent, la protection sociale, longtemps perçue comme un simple filet de sécurité, est aujourd’hui repensée comme un levier de résilience durable. C’est dans ce contexte que des décideurs politiques venus d’Afrique, d’Asie et du Pacifique se sont réunis à Livingstone, en Zambie, du 8 au 10 juillet, pour un atelier interrégional axé sur les outils, données et stratégies permettant de renforcer l’efficacité des politiques sociales.
Organisée conjointement par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UN DESA), la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), en collaboration avec le gouvernement zambien, cette rencontre a permis à huit pays de partager leurs défis, leurs innovations et leurs ambitions en matière de protection sociale.
Des réalités diverses, un objectif commun
Derrière la diversité des contextes – sécheresse et flambée des prix en Zambie, dispersion géographique des services aux Maldives, chômage des jeunes en Tanzanie – un objectif commun a émergé : construire des systèmes plus intelligents, plus adaptatifs et plus inclusifs.
« Ce n’est plus seulement la triple crise de l’alimentation, du carburant et du financement », a souligné Mamusa Siyunyi, chargée des affaires sociales à la CEA. « C’est aussi une pression démographique, un risque climatique et un espace budgétaire limité. Les pays ont besoin d’un soutien ciblé, pertinent et utilisable. »
Des outils concrets pour des décisions précises
Pour répondre à ces enjeux, la CEA et la CESAP ont présenté plusieurs instruments empiriques, dont un tableau de bord multidimensionnel de la pauvreté et des modèles de ciblage basés sur des données probantes. Des outils salués pour leur capacité à relier données et action.
« Ce tableau de bord permet non seulement de savoir où vivent les pauvres, mais aussi de comprendre les formes de pauvreté qu’ils subissent et l’efficacité des dispositifs existants », a expliqué Christian Oldiges, chef de la politique sociale à la CEA.
Pour Selahattin Selsah Pasali, chargé des affaires sociales à la CESAP, « ces outils sont appréciés pour leur flexibilité et le soutien en formation qui permet leur ancrage local ». Il a noté un intérêt croissant pour le passage des enquêtes aux registres administratifs afin d’améliorer la conception des politiques.
Expériences croisées et solutions innovantes
Plusieurs pays ont partagé leurs progrès. La Namibie avance dans la numérisation de son système de subventions sociales. Le Malawi déploie une nouvelle politique centrée sur les cycles de vie, tandis que la Tanzanie élargit sa couverture sociale pour inclure les populations rurales et informelles.
« Nous allons au-delà des systèmes contributifs pour une couverture plus large », a déclaré Frank Kilimba, du bureau du Premier ministre tanzanien.
Le Rwanda a mis en avant son travail sur l’intégration des données et les registres sociaux. Ariane Mugisha, cheffe du numérique pour les collectivités locales, a salué les échanges sur les systèmes adaptatifs. Son collègue Joel Murenzi a insisté sur l’importance d’indexer les prestations à l’inflation pour protéger les plus vulnérables.
Collaboration, données et renforcement institutionnel
L’un des messages clés de la rencontre : les données seules ne suffisent pas. Elles doivent être intégrées aux politiques via une coopération étroite entre producteurs et utilisateurs.
« Nous avons les données, mais les rendre utiles suppose de briser les silos », a déclaré Hudha Haleem du Bureau national de la statistique des Maldives. « Le grand enseignement ici, c’est que la collaboration entre les statisticiens et les opérateurs de programmes permet des systèmes plus inclusifs. »
Fathimath Nisha Fahmy du Bureau des pensions des Maldives a rappelé l’importance des systèmes adaptatifs en temps réel pour un pays éclaté sur 187 îles.
Vers des systèmes plus durables
Alors que se profilent plusieurs forums mondiaux sur le développement social, la rencontre de Livingstone s’inscrit dans une dynamique globale de transformation.
« Les décideurs n’ont pas seulement besoin d’inspiration », a affirmé Christian Oldiges. « Ils ont besoin de preuves, de plans concrets et de partenaires. C’est ce que nous sommes venus bâtir ici. »
Pour Amson Sibanda, chef de service à l’UN DESA, l’enjeu est aussi institutionnel : « L’innovation doit s’accompagner de capacités internes. Il faut des institutions publiques capables d’exploiter ces outils, d’en comprendre les avantages comme les limites. »
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