C’est une séquence politique qui pourrait marquer un tournant décisif, voire un point de non-retour dans la trajectoire institutionnelle du Mali. En l’espace de quelques jours, deux actes majeurs posés par les autorités de transition maliennes viennent d’assombrir encore davantage l’horizon démocratique du pays.
Par un décret présidentiel, tous les partis politiques ont vu leurs activités suspendues « jusqu’à nouvel ordre ». Dans la foulée, un projet de loi a été adopté par le Conseil des ministres, visant à refondre en profondeur le système partisan national. Pour nombre d’observateurs, il ne s’agit pas d’une simple réforme administrative, mais d’un verrouillage politique assumé.
Une alerte lancée depuis Genève
Jeudi, un groupe d’experts indépendants des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme. Le message est sans ambiguïté : les autorités maliennes sont en train d’enfreindre de manière flagrante les droits humains fondamentaux, notamment les libertés d’association, d’expression et de participation politique.
« Ce décret doit être abrogé immédiatement », insistent les experts, qui dénoncent une dynamique dangereuse de restriction de l’espace civique. Ils avertissent également que le projet de loi, s’il est adopté dans sa version actuelle, rendra quasiment impossible la création de nouveaux partis en imposant des barrières financières importantes — une manière à peine voilée de réserver la participation politique à une élite économique.
La légitimité des réformes en question
Les autorités maliennes avancent que ces réformes découlent de consultations populaires : les Assises Nationales de la Refondation de 2021 et les réunions d’avril 2025 sur la Charte des partis politiques. Mais là encore, les experts onusiens posent une question de fond : quelle est la valeur démocratique de ces consultations lorsqu’elles se tiennent dans un climat de répression, de surveillance et de peur ?
Nombre de partis politiques ont refusé d’y participer, soupçonnant les autorités de se servir du processus pour faire passer des mesures déjà décidées en amont. Leurs craintes semblent se confirmer.
Une ambition présidentielle sans élections
Autre sujet de profonde inquiétude : la proposition formulée au sein de ces consultations et favorablement accueillie par le gouvernement de transition, qui recommande de maintenir le général Assimi Goita à la tête du pays pour un mandat de cinq ans renouvelable — sans élection.
Un scénario qui fait craindre un glissement autoritaire assumé, dans un pays qui, depuis le coup d’État d’août 2020, peine à retrouver un équilibre institutionnel crédible. Pour les experts de l’ONU, cette orientation constitue une trahison des engagements internationaux du Mali et un déni des principes fondamentaux de gouvernance démocratique.
Colère et mobilisation réprimée
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Plusieurs formations politiques ont appelé à des rassemblements les 3 et 4 mai. Des actions publiques qui ont été violemment interrompues par des groupes proches du pouvoir, selon des témoignages concordants.
Les partis annoncent de nouvelles mobilisations pour le 9 mai. Et les experts de l’ONU rappellent que « le droit de se réunir pacifiquement ne peut être bafoué impunément ». Ils appellent les autorités à cesser toute forme d’intimidation ou de violence envers les manifestants.
Une transition sous haute tension
Le projet de loi est désormais entre les mains du Conseil national de transition, présidé par le général Malick Diaw. Sa décision sera scrutée de près, car elle pourrait sceller le sort de la participation politique au Mali pour les années à venir.
Le pays est suspendu entre deux trajectoires : celle d’un retour à une démocratie pluraliste, inclusive et apaisée ; ou celle d’un système verrouillé, dominé par un pouvoir militaire consolidé. Pour les experts des Nations Unies, le choix appartient encore aux autorités maliennes. Mais le temps presse.
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