L’Allemagne et le Cameroun, une ancienne colonie allemande (1884-1916), ont lancé un projet de recherche sur la provenance des œuvres culturelles camerounaises dans des musées allemands. Ce projet est porté par le « Linden-Museum » (« Musée Linden », en allemand), un établissement étatique situé à Stuttgart, la capitale de l’État fédéré (Land, en allemand) de Bade-Wurtemberg (sud). « Au cours des trois prochaines années, l’origine et l’histoire de nombreuses œuvres camerounaises seront étudiées en collaboration avec des experts camerounais et allemands », a indiqué l’ambassade d’Allemagne au Cameroun.
Le projet a été présenté au ministère camerounais en charge de Culture par la Directrice du Linden-Museum, Mme Inès de Castro. Inauguré en 1911, le Linden-Museum abrite plus de 160 000 objets illustrant l’histoire de l’art, l’histoire culturelle et la culture quotidienne des peuples extra-européens. Il figure parmi les grands musées ethnologiques en Europe.
Les objets proviennent d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Océanie
Les objets exposés proviennent d’Afrique, d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, de l’Orient islamique, d’Asie du Sud et de l’Est ainsi que d’Océanie. Les collections du département Afrique de ce musée comprennent actuellement quelque 40 000 objets. Bien que celles-ci aient été constamment enrichies et approfondies tout au long de l’histoire du musée, et que de nouvelles acquisitions et donations soient réalisées chaque année, la période coloniale allemande, avec ses activités commerciales, missionnaires et militaires, y a laissé son empreinte, a-t-on lu sur le site web du Linden-Museum.
Cela se manifeste notamment dans l’importance relative des collections coloniales provenant du Cameroun, du Congo, de la Tanzanie, de la Namibie et du Togo, d’après la même source. La réévaluation minutieuse des collections coloniales à travers la recherche de provenance et les collaborations scientifiques conduit au retour d’objets aux descendants de communautés privées de leurs biens culturels, victimes de violences coloniales aux 19 e et 20 siècles.
La polyphonie et la coopération entre le Linden-Museum, des chercheurs et artistes internationalement connectés, en Afrique et issus de la diaspora africaine, caractérisent les activités actuelles et futures de collecte et d’exposition du département, et racontent les relations inter et transnationales d’acteurs africains avec le Bade-Wurtemberg, l’Europe et le monde.
Travail de mémoire sur le passé colonial allemand en Afrique
L’Allemagne est engagée dans un processus de confrontation et de reconnaissance de son passé colonial, notamment en Afrique. Elle poursuit conjointement avec des acteurs africains, publics et non publics, l’analyse critique de ce passé. Cela inclut la promotion d’une recherche scientifique indépendante, la reconnaissance des injustices commises, l’aide à la restitution de biens culturels ainsi que la restitution de restes humains issus de contextes coloniaux, entre autres.
Berlin a restitué une Bible et un fouet de Hendrik Witbooi à la Namibie en 2019 et des objets du royaume du Bénin au Nigeria en 2022. Lors de son déplacement en Tanzanie en 2023, le président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier a demandé pardon pour les crimes coloniaux allemands dans l’ancienne « Afrique orientale allemande ». Selon le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, la déclaration commune signée en 2021 est un élément essentiel sur la voie de la réconciliation avec la Namibie suite aux atrocités commises dans l’ancienne colonie du « Sud-Ouest africain allemand », qui menèrent au génocide des Hereros et Nama.
dpa