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Journée mondiale de lutte contre le paludisme : le Liberia affiche sa volonté, mais le combat reste long

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le Liberia s’aligne une fois de plus sur l’agenda mondial de la santé en proclamant, par décret présidentiel, la Journée mondiale de lutte contre le paludisme comme jour férié ouvrable. Une mesure symbolique, mais aussi stratégique dans un pays encore aux prises avec les réalités du paludisme, maladie qui continue de ronger les fondements sociaux et économiques du continent africain.

La décision du président Joseph Nyuma Boakai,  intervient dans un contexte régional alarmant. Le dernier rapport mondial de 2024 sur le paludisme est sans appel : 94 % des cas et 95 % des décès liés à cette maladie ont été enregistrés dans la région Afrique de l’OMS. Pire encore, les enfants de moins de cinq ans représentent plus des trois quarts de ces décès. Un drame silencieux, persistant, auquel le Liberia tente de répondre avec les moyens du bord.

Un engagement politique affiché

À travers son décret, le chef de l’État libérien invite les institutions publiques et les partenaires internationaux à s’engager davantage dans la sensibilisation et les actions concrètes. Le mot d’ordre national « Zéro paludisme commence par moi » n’est pas anodin : il renvoie à une stratégie de responsabilisation communautaire, indispensable pour faire évoluer les comportements face à la maladie.

Mais au-delà des slogans, le Liberia tente de poser des actes. Le pays a maintenu ses dépenses de santé entre 10 et 14 % du budget national ces dix dernières années – un effort louable, bien que légèrement en deçà des 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja. Ce soutien budgétaire constant a permis une baisse des admissions pour paludisme sévère (de 8 % en 2020 à 6 % en 2024) et une légère amélioration de la survie des enfants de moins de cinq ans.

Des avancées réelles, mais fragiles

Certes, ces résultats sont encourageants. Le rapport mondial sur le paludisme salue d’ailleurs les efforts du Liberia, en particulier auprès des populations vulnérables. Mais peut-on parler de victoire ? Rien n’est moins sûr. Le paludisme reste endémique dans toutes les régions du pays, et les déterminants sociaux pauvreté, accès limité aux soins, environnement insalubre continuent de jouer contre les efforts sanitaires.

La prévention peine à atteindre les zones les plus reculées, et la dépendance à l’aide internationale pour l’approvisionnement en moustiquaires et médicaments antipaludiques limite l’autonomie sanitaire du pays. De plus, la sensibilisation de masse reste irrégulière et trop souvent concentrée autour de dates symboliques comme celle-ci.

Repenser la lutte, raviver les stratégies

Le thème mondial de cette année, « Malaria Ends with Us: Reimagine, Reignite », semble sonner comme un appel à la remise en question. Comment rendre la lutte plus efficace ? Comment mobiliser durablement les communautés ? Comment articuler prévention, traitement rapide et recherche scientifique dans un pays aux ressources limitées ?

C’est ici que la proclamation présidentielle prend tout son sens : elle est à la fois un signal politique fort et un levier de plaidoyer. Car le paludisme n’est pas seulement une urgence sanitaire. Il est un indicateur de développement, un révélateur des inégalités et un test permanent de la résilience des États africains.

En déclarant cette journée fériée, le Liberia se donne l’occasion de poser un débat national sur le chemin restant à parcourir. Et sur la manière dont chacun gouvernants, citoyens, partenaires peut contribuer à mettre fin à ce fléau évitable.

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