{"id":15363,"date":"2021-08-30T07:18:08","date_gmt":"2021-08-30T07:18:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.imedias.net\/?p=15363"},"modified":"2021-08-30T07:18:08","modified_gmt":"2021-08-30T07:18:08","slug":"nigeria-apres-la-deradicalisation-la-desillusion-des-repentis-de-boko-haram","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.imedias.net\/?p=15363","title":{"rendered":"Nig\u00e9ria : apr\u00e8s la d\u00e9radicalisation, la d\u00e9sillusion des repentis de Boko Haram"},"content":{"rendered":"\n<p>Assis sur des nattes, quatre hommes aux fr\u00eales silhouettes battues par le vent du d\u00e9sert cousent de petits chapeaux traditionnels, histoire de rompre l&rsquo;ennui. Non loin, les femmes font bouillir des marmites et les enfants jouent entre les abris de t\u00f4le \u00e9rig\u00e9s sur la terre s\u00e8che.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Nord-Est du Nigeria, la sc\u00e8ne est banale.Elle se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l&rsquo;infini dans les innombrables camps qui accueillent quelque deux millions de d\u00e9plac\u00e9s fuyant l&rsquo;insurrection jihadiste de Boko Haram.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas vraiment l&rsquo;avenir qu&rsquo;avaient imagin\u00e9 Aliyu, Abubakar, Muhammad et Mallam &#8211; dont les noms ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s par mesure de s\u00e9curit\u00e9: pr\u00e9sent\u00e9s comme d&rsquo;anciens combattants du groupe islamiste Boko Haram, ils ont int\u00e9gr\u00e9 le programme de \u00ab\u00a0d\u00e9radicalisation\u00a0\u00bb du gouvernement nig\u00e9rian.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es de d\u00e9tention traumatisantes, selon eux, dans des cellules sales et surpeupl\u00e9es, les quatre hommes ont fini par \u00e9chouer dans ce camp, sans argent ni travail, bien loin du nouveau d\u00e9part que leur avait promis le gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Nigeria a lanc\u00e9 en 2016 l&rsquo;Op\u00e9ration \u00ab\u00a0Safe Corridor\u00a0\u00bb, offrant la possibilit\u00e9 de d\u00e9poser les armes \u00e0 ceux qui se portent volontaires.Il m\u00e8ne en parall\u00e8le des offensives militaires contre les insurg\u00e9s de Boko Haram et de sa branche dissidente, L&rsquo;Etat islamique en Afrique de l&rsquo;Ouest (Iswap).Le conflit a fait plus de 40.000 morts en 10 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tous ne sont pas \u00e9ligibles.Les profils des combattants sont d&rsquo;abord pass\u00e9s au peigne fin pour s\u00e9lectionner ceux qui pr\u00e9sentent une menace \u00ab\u00a0faible\u00a0\u00bb, avant leur transfert dans un centre de d\u00e9radicalisation \u00e0 Mallam Sidi, une ville de l&rsquo;Etat de Gombe (Nord-Est).<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant six mois, ils sont cens\u00e9s suivre des cours d&rsquo;alphab\u00e9tisation, une formation professionnelle et religieuse et re\u00e7oivent une aide psychosociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Etats-Unis, l&rsquo;Union europ\u00e9enne et la Grande-Bretagne ont d\u00e9bours\u00e9 des millions de dollars pour financer le programme, soutenu par l&rsquo;Organisation internationale pour les migrations (OIM) et coordonn\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e nig\u00e9riane.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9tenus par \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour son patron, le g\u00e9n\u00e9ral Mohammed Maina, \u00ab\u00a0l&rsquo;op\u00e9ration Safe Corridor a enregistr\u00e9 d&rsquo;\u00e9normes succ\u00e8s\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Plus de 800 ex-combattants repentis ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9radicalis\u00e9s, r\u00e9habilit\u00e9s et r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s avec succ\u00e8s\u00a0\u00bb, a-t-il assur\u00e9 dans une r\u00e9ponse \u00e9crite \u00e0 l&rsquo;AFP d\u00e9but juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres pourraient bient\u00f4t suivre: l&rsquo;arm\u00e9e a annonc\u00e9 d\u00e9but aot examiner les cas de 335 combattants qui se sont r\u00e9cemment rendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, d&rsquo;apr\u00e8s les quatre hommes rencontr\u00e9s par l&rsquo;AFP, le parcours de sortie est assez \u00e9loign\u00e9 de la version officielle: ils affirment avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus pendant des ann\u00e9es sans faire l&rsquo;objet de poursuites et dans des conditions tr\u00e8s rudes, avant de pouvoir acc\u00e9der au programme de r\u00e9habilitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pire, deux d&rsquo;entre eux, Abubakar et Mallam se pr\u00e9sentent comme des cultivateurs n&rsquo;ayant jamais collabor\u00e9 avec les jihadistes et d\u00e9tenus \u00e0 tort avec beaucoup d&rsquo;autres citoyens ordinaires, y compris des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs parcours individuels sont difficiles \u00e0 v\u00e9rifier, mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es, plusieurs rapports, notamment de l&rsquo;Agence am\u00e9ricaine de d\u00e9veloppement (Usaid) et de l&rsquo;ONG Amnesty International, ont document\u00e9 des centaines de t\u00e9moignages similaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un rapport publi\u00e9 cette ann\u00e9e, le think-tank International Crisis Group (ICG) rapporte que, selon les personnes ayant suivi le programme qu&rsquo;il a interrog\u00e9es, pas plus d&rsquo;un quart des pensionnaires du centre de r\u00e9habilitation \u00e9taient r\u00e9ellement membres de Boko Haram<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La plupart des autres (&#8230;) sont des civils ayant fui les zones contr\u00f4l\u00e9es par Boko Haram, que les autorit\u00e9s ont consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 tort comme des jihadistes et d\u00e9tenus avant de les inclure dans Safe Corridor\u00a0\u00bb, affirme le rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>Des all\u00e9gations d\u00e9menties par le g\u00e9n\u00e9ral Maina: \u00ab\u00a0les ex-combattants sont s\u00e9lectionn\u00e9s apr\u00e8s un profilage et une enqu\u00eate approfondis\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, selon une source tr\u00e8s bien inform\u00e9e et ayant requis l&rsquo;anonymat, plusieurs dizaines d&rsquo;ex-combattants de haut rang &#8212; dont des commandants &#8212; sont \u00e9galement pass\u00e9s par le centre de d\u00e9radicalisation de Gombe, dans le cadre d&rsquo;un programme diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Pris au pi\u00e8ge\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Abubakar, 48 ans, cultivait ses champs et ne manquait de rien, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 Boko Haram a envahi son village de l&rsquo;Etat du Borno, \u00e9picentre de l&rsquo;insurrection.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de ce jour-l\u00e0, \u00ab\u00a0mes revenus ont commenc\u00e9 \u00e0 diminuer parce qu&rsquo;ils prenaient nos r\u00e9coltes (&#8230;) m\u00eame la nourriture que nous pr\u00e9parions\u00a0\u00bb, raconte ce p\u00e8re de trois enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils nous observaient, nous surveillaient (&#8230;) nous \u00e9tions pris au pi\u00e8ge.Nous n&rsquo;avions pas le choix, ils avaient des armes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mallam, 52 ans, cultivait du sorgho et des haricots dans un autre village du Borno.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ils sont arriv\u00e9s, les jihadistes ont ordonn\u00e9 aux hommes de laisser pousser leur barbe et aux femmes de rester \u00e0 la maison.Il raconte avoir une fois re\u00e7u 80 coups de fouet pour avoir achet\u00e9 des cigarettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux agriculteurs ont d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper avec leurs familles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes partis au milieu de la nuit (&#8230;) Nous \u00e9tions une centaine\u00a0\u00bb, affirme Abubakar qui avait entendu \u00e0 la radio le gouvernement appeler les civils \u00e0 quitter les zones occup\u00e9es par Boko Haram.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la peur d&rsquo;\u00eatre captur\u00e9s par les jihadistes, rester n&rsquo;\u00e9tait pas une option.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous savions qu&rsquo;un jour ils nous tueraient parce que nous ne les acceptions pas\u00a0\u00bb, explique Mallam, qui a cinq enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais une fois en territoire contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e, les deux agriculteurs affirment avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s.Soup\u00e7onn\u00e9s de soutenir les insurg\u00e9s, ils ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s \u00e0 la caserne de Giwa, aux conditions de d\u00e9tention tristement c\u00e9l\u00e8bres, \u00e0 Maiduguri, la capitale du Borno.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne serait que la premi\u00e8re \u00e9tape d&rsquo;un long parcours carc\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Pas de nourriture, pas de toilettes\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Abubakar et Mallam assurent y avoir pass\u00e9 respectivement huit et quatre mois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y avait pas de nourriture, pas de toilettes, des parasites partout (&#8230;) les gens mouraient tous les jours\u00a0\u00bb, raconte Mallam.<\/p>\n\n\n\n<p>Abubakar et son fils de 13 ans occupaient une cellule avec 450 personnes.\u00a0\u00bbNous devions tous nous tenir debout tellement c&rsquo;\u00e9tait plein\u00a0\u00bb, se souvient-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s.Mallam assure avoir appris la lib\u00e9ration de son fils au bout de quelques mois \u00e0 Giwa, seulement six ans plus tard, \u00e0 sa sortie du programme.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, Amnesty avait accus\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e de d\u00e9tenir en masse et sans \u00ab\u00a0aucune preuve\u00a0\u00bb des membres et sympathisants pr\u00e9sum\u00e9s de Boko Haram sur des sites militaires, tels que Giwa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils ont d \u00eatre impliqu\u00e9s, volontairement ou non\u00a0\u00bb, a r\u00e9agi le porte-parole de l&rsquo;arm\u00e9e, Onyema Nwachukwu, \u00e0 propos des agriculteurs Mallam et Abubakar.\u00a0\u00bbNous ne d\u00e9tenons pas les gens de mani\u00e8re arbitraire\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les militaires, tout activit\u00e9 consistant \u00e0 fournir des vivres, du carburant ou des m\u00e9dicaments \u00e0 Boko Haram, m\u00eame sous la contrainte, suffit \u00e0 rendre quiconque suspect.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s M. Nwachukwu, l&rsquo;arm\u00e9e \u00ab\u00a0n&rsquo;arr\u00eate pas les enfants\u00a0\u00bb mais les femmes d\u00e9tenues apr\u00e8s avoir rejoint les rangs de Boko Haram demandent parfois \u00e0 garder leurs enfants avec elles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Se battre \u00e9tait notre devoir\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Les anciens combattants Aliyu et Muhammad ont eux aussi s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 la caserne de Giwa apr\u00e8s leur r\u00e9dition, et en gardent un souvenir amer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils nous ont dit que nous allions passer deux \u00e0 trois mois \u00e0 Giwa () mais cela s&rsquo;est transform\u00e9 en 18 mois\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Muhammad.\u00a0\u00bbC&rsquo;\u00e9tait vraiment horrible\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Aliyu avait 18 ans lorsqu&rsquo;un voisin a commenc\u00e9 \u00e0 lui parler du \u00ab\u00a0gouvernement corrompu\u00a0\u00bb, \u00e0 lui enseigner sa vision de l&rsquo;islam et \u00e0 lui donner de l&rsquo;argent.C&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00ab\u00a0radicalis\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, il a quitt\u00e9 village et parents, jusqu&rsquo;\u00e0 la for\u00eat de Sambisa, principal fief de Boko Haram.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 le Coran et s&rsquo;\u00eatre form\u00e9 au maniement des armes, Aliyu, aujourd&rsquo;hui \u00e2g\u00e9 de 28 ans, est devenu trafiquant d&rsquo;armes, puis combattant, prenant part \u00e0 de \u00ab\u00a0grandes attaques\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous l&rsquo;avons fait \u00e0 cause de la religion\u00a0\u00bb, assure-t-il.\u00a0\u00bbC&rsquo;\u00e9tait notre devoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Muhammad, 25 ans, \u00e9tait encore enfant et mendiait dans la rue quand il a rencontr\u00e9 un pr\u00e9dicateur qui lui a parl\u00e9 de Mohammed Yusuf, le fondateur de Boko Haram.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme, devenu son mentor, l&rsquo;a envoy\u00e9 dans une \u00e9cole religieuse \u00e0 \u00ab\u00a0Fallujah\u00a0\u00bb &#8211; les jihadistes nig\u00e9rians donnent souvent aux lieux des surnoms irakiens ou afghans &#8211; avant de partir pour le \u00ab\u00a0jihad\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais impatient de me battre\u00a0\u00bb, raconte Muhammad, alors analphab\u00e8te. \u00ab\u00a0Je comprenais que nous \u00e9tions en guerre contre le gouvernement.On nous enseignait que c&rsquo;\u00e9tait la bonne voie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tous deux disent avoir fait partie de Boko Haram pendant environ six ans, mais peu \u00e0 peu, lengouement du d\u00e9but a fait place au doute face \u00e0 l&rsquo;attitude de leurs compagnons d&rsquo;armes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils faisaient des choses sans raison (&#8230;) tuer, voler, ce qui est contraire aux enseignements religieux.Et j&rsquo;en ai vu certains prendre de la drogue\u00a0\u00bb, raconte Muhammad.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, la contre-offensive de l&rsquo;arm\u00e9e nig\u00e9riane, gr\u00e2ce au soutien militaire des pays voisins comme le Tchad et le Cameroun, lui permet de reprendre certains pans de territoire occup\u00e9s par les insurg\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les deux apprenti-jihadistes entendent parler de l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Safe corridor\u00a0\u00bb, et de la possibilit\u00e9 de suivre une formation professionnelle, ils d\u00e9cident de franchir le pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils devront attendre pr\u00e8s de deux ans avant de pouvoir rejoindre le programme de d\u00e9radicalisation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Alternatives viables\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Le porte-parole de l&rsquo;arm\u00e9e, M. Nwachukwu, reconnat que le processus n&rsquo;est \u00ab\u00a0pas automatique\u00a0\u00bb, estimant qu&rsquo;il faut du temps \u00ab\u00a0pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils ont v\u00e9ritablement abandonn\u00e9 la lutte\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les donateurs et partenaires internationaux ont \u00e9mis de nombreuses critiques sur le \u00ab\u00a0profilage\u00a0\u00bb qui vise aussi \u00e0 rep\u00e9rer les suspects de plus grande envergure en vue d&rsquo;\u00e9ventuelles poursuites.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela \u00ab\u00a0reste opaque, sans supervision ind\u00e9pendante, sans archivage ni d\u00e9finition publique des crit\u00e8res de s\u00e9lection\u00a0\u00bb, a soulign\u00e9 l&rsquo;Usaid dans un rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>Les repentis Muhammad et Aliyu disent que l&rsquo;essentiel de leurs cod\u00e9tenus n&rsquo;\u00e9taient pas des jihadistes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dans ma cellule de 260 personnes, nous \u00e9tions 12 vrais Boko Haram\u00a0\u00bb, assure Aliyu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est franchement de l&rsquo;injustice\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit Muhammad.Parmi ses 300 co-d\u00e9tenus, \u00ab\u00a0les vrais Boko Haram n&rsquo;\u00e9taient pas plus de 20\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;AFP n&rsquo;a pas pu v\u00e9rifier ces chiffres.Le directeur du programme, M. Maina, assure que le processus de v\u00e9rification \u00e0 Giwa \u00ab\u00a0est peut-\u00eatre imparfait, mais il est toujours tr\u00e8s minutieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des documents officiels consult\u00e9s par l&rsquo;AFP, le gouvernement nig\u00e9rian reconnat que certains \u00ab\u00a0collaborateurs\u00a0\u00bb &#8211; volontaires ou contraints- de Boko Haram sont victimes de l&rsquo;insurrection, mais affirme que Safe Corridor leur offre des \u00ab\u00a0alternatives viables\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Giwa, pour la deuxi\u00e8me phase de leur d\u00e9tention, les agriculteurs Abubakar et Mallam ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la prison de haute s\u00e9curit\u00e9 de Maiduguri, o\u00f9 ils ont pass\u00e9 trois ann\u00e9es de plus sans \u00eatre inculp\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e9rais que les militaires me prot\u00e8gent, mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le contraire\u00a0\u00bb, dit aujourd&rsquo;hui Abubakar.<\/p>\n\n\n\n<p>Aliyu, Muhammad, Abubakar et Mallam sont finalement arriv\u00e9s \u00e0 leur destination: le centre de r\u00e9habilitation de Gombe.Pendant un an, ils ont pu apprendre \u00e0 lire et \u00e9crire, la menuiserie et la soudure ou encore s&rsquo;entretenir avec des \u00e9ducateurs sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous pouvions dormir, nous avions des moustiquaires, des oreillers\u00a0\u00bb, explique Abubakar.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont lu des textes qui contredisent le discours jihadiste.Les deux ex-combattants admettent que le programme a modifi\u00e9 leur point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, si quelqu&rsquo;un voulait partir faire le jihad, je lui dirais +suis ta propre religion chez toi, mais ne va pas te battre+\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Aliyu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils (Boko Haram) ont trahi ma compr\u00e9hension du jihad pour servir leurs int\u00e9r\u00eats personnels\u00a0\u00bb, ass\u00e8ne Muhammad.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour les deux agriculteurs, Abubakar et Mallam, le s\u00e9jour \u00e0 Gombe n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une d\u00e9tention prolong\u00e9e de plus: \u00ab\u00a0nous avons \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s l\u00e0-bas pour souffrir\u00a0\u00bb, s&rsquo;insurge Mallam.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pas de travail &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Quel avenir attendait finalement ces hommes apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es pass\u00e9es derri\u00e8re les barreaux et au centre de d\u00e9radicalisation?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 all\u00e9geance \u00e0 l&rsquo;Etat nig\u00e9rian et promis de ne pas retourner combattre, les pensionnaires de Gombe re\u00e7oivent g\u00e9n\u00e9ralement 20.000 nairas chacun (environ 42 euros) et sont envoy\u00e9s dans un centre de transit avant d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Des liens sont \u00e9tablis avec les communaut\u00e9s\u00a0\u00bb pour pr\u00e9parer leur retour et les autorit\u00e9s locales sont charg\u00e9es d&rsquo;assurer leur r\u00e9int\u00e9gration, selon M. Nwachukwu.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Mallam a retrouv\u00e9 sa femme apr\u00e8s presque cinq ans de d\u00e9tention, la faim l&rsquo;avait compl\u00e8tement transform\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Elle avait v\u00e9cu dans un camp o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de nourriture (&#8230;) Mes parents sont morts et tous nos enfants souffrent de malnutrition.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les anciens combattants Aliyu et Muhammad, qui r\u00e9pondaient aux crit\u00e8res d&rsquo;anciens combattants \u00e0 \u00ab\u00a0faible risque\u00a0\u00bb et ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une amnistie, remettent en cause la r\u00e9ussite du programme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils vivent d\u00e9sormais comme des parias et gagnent \u00e0 peine un euro par jour dans un camp de d\u00e9plac\u00e9s, sans perspective d&rsquo;avenir, stigmatis\u00e9s par leur communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ils nous ont parl\u00e9 d&#8217;emploi, mais au final, il n&rsquo;y a pas d&#8217;emploi\u00a0\u00bb, regrette Muhammad.\u00a0\u00bbQuel type de vie est-ce l\u00e0 ? Je regrette de m&rsquo;\u00eatre rendu\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette r\u00e9gion ravag\u00e9e par le conflit, o\u00f9 4,3 millions de personnes sont en situation d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire selon l&rsquo;ONU, les millions de dollars investis pour r\u00e9habiliter les anciens combattants sont parfois tr\u00e8s mal vus par la population qui manque de tout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Les efforts de r\u00e9int\u00e9gration sont louables (&#8230;) mais il y a beaucoup d&rsquo;animosit\u00e9, les gens sont en col\u00e8re\u00a0\u00bb, explique Mariam Oyiza qui dirige une association soutenant les femmes victimes de violences.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, alors que des centaines de d\u00e9fections ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es ces derniers mois, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et les donateurs esp\u00e8rent que le programme encouragera des milliers d&rsquo;autres insurg\u00e9s \u00e0 d\u00e9poser les armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, les autorit\u00e9s nig\u00e9rianes doivent montrer qu&rsquo;elles \u00ab\u00a0sont capables d&rsquo;accompagner les d\u00e9tenus jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obtention de leur dipl\u00f4me et de les r\u00e9int\u00e9grer dans la soci\u00e9t\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, estime l&rsquo;ICG.\u00a0\u00bb\u00c0 ce jour, Safe Corridor n&rsquo;est pas en mesure d&rsquo;offrir ce type d&rsquo;assurances\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AFP <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assis sur des nattes, quatre hommes aux fr\u00eales silhouettes battues par le vent du d\u00e9sert cousent de petits chapeaux traditionnels, histoire de rompre l&rsquo;ennui. Non loin, les femmes font bouillir des marmites et les enfants jouent entre les abris de t\u00f4le \u00e9rig\u00e9s sur la terre s\u00e8che. Dans le Nord-Est du Nigeria, la sc\u00e8ne est banale.Elle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":15362,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[77,78,82,105,123],"tags":[5983,12140,12141,30,92,12142],"tmauthors":[],"class_list":{"0":"post-15363","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite","8":"category-afrique","9":"category-politique","10":"category-securite-et-defense","11":"category-societe","12":"tag-boko-haram","13":"tag-deradicalisation","14":"tag-desillusion","15":"tag-featured","16":"tag-nigeria-2","17":"tag-repentis"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15363"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15363\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15362"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15363"},{"taxonomy":"tmauthors","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.imedias.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftmauthors&post=15363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}