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Ibrahima Sory 2 Tounkara : Le magistrat propulsé à la Justice pour “réparer” la Guinée

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C’est l’un des visages les plus attendus de la nouvelle équipe gouvernementale. À 48 ans, Ibrahima Sory 2 Tounkara, fraîchement nommé ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, incarne l’espoir d’une rupture avec un système judiciaire longtemps décrié pour son manque d’indépendance et sa lenteur. Dans un pays marqué par ses blessures politiques et sociales, ce magistrat discret se retrouve propulsé au cœur d’un chantier colossal : réparer la justice guinéenne.

Un juge formé à Conakry qui n’a jamais voulu faire de bruit

 Tounkara suit un parcours classique d’avocat avant de rejoindre la magistrature. Diplômé en droit à l’université Gamal Abdel Nasser, il intègre ensuite le Centre de formation et de documentation judiciaires, où il obtient son brevet de magistrat en 2007.

Sa carrière, loin des feux de la rampe politique, se construit dans l’ombre des tribunaux. Il exerce successivement dans plusieurs juridictions locales, maîtrisant au fil des années les arcanes d’un système judiciaire guinéen souvent confronté à des critiques sévères, tant à l’intérieur qu’à l’international.

Le procès du 28 septembre 2009 : un tournant national

Si son nom est désormais connu du grand public, c’est surtout grâce à sa présidence du procès du massacre du 28 septembre 2009, l’un des dossiers les plus lourds de l’histoire judiciaire de la Guinée. Ce jour-là, plus d’une centaine de civils avaient été tués dans le stade de Conakry lors d’une manifestation politique réprimée dans le sang.

À la tête du tribunal de première instance de Dixinn, Tounkara dirige le procès avec une ferme volonté d’équité. Son objectif : faire appliquer la loi sans céder aux clivages politiques ou aux pressions sociales. Dans un pays souvent secoué par des tensions ethniques et politiques, cet arbitrage entre justice et apaisement national est délicat.

Pour certains, il a réussi ce grand écart. Pour d’autres, ce procès restera inachevé, reflet des limites structurelles de l’appareil judiciaire.

Une figure respectée au sein de la magistrature

Plutôt que de jouer les entraîneurs de communication, Tounkara préfère les faits. En 2025, ses pairs le choisissent comme président de l’Association des Magistrats de Guinée (AMG) avec une écrasante majorité. Une reconnaissance de son professionnalisme… mais aussi un signal envoyé à l’État et à la classe politique : la magistrature veut être entendue et respectée.

À la tête de l’AMG, il plaide pour un corps judiciaire plus uni, mieux protégé des ingérences externes, et davantage soutenu par l’État. Cette position, rare dans le paysage institutionnel guinéen, lui vaut le respect de nombreux juristes.

Un ministre sous pression

Mais l’entrée au gouvernement est une tout autre affaire. En devenant ministre de la Justice, Tounkara quitte son rôle d’arbitre pour endosser celui de décideur politique. Et les attentes sont énormes.

La justice guinéenne souffre de problèmes structurels manque de moyens, lenteur des procédures, faiblesse de l’accès pour les populations rurales, pression des élites sur les tribunaux. À cela s’ajoutent les défis de la transition politique : sécurisation des libertés publiques, lutte contre l’impunité, réformes institutionnelles.

Un profil rare dans un paysage instable

À une époque où la justice est souvent instrumentalisée dans les crises politiques africaines, la nomination de Tounkara est un pari audacieux. Loin des personnalités politiques aguerries, ce magistrat est un technicien du droit. Sa force? Une réputation d’intégrité et une expérience solide face aux dossiers sensibles. Son défi? Transformer ces qualités en leviers de réforme durable.

Dans les couloirs du palais de Justice à Conakry, certains murmures le qualifient déjà de « dernier espoir de l’indépendance judiciaire ». Il reste à voir s’il saura transformer ce momentum en résultats tangibles.

Pour un pays en quête de stabilité et de confiance dans ses institutions, Ibrahima Sory 2 Tounkara symbolise à la fois un espoir et un défi : celui d’une justice guinéenne capable de tenir tête aux puissances politiques tout en restant au service des citoyens.

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