Longtemps perçue comme l’un des maillons faibles de la chaîne de mobilisation des ressources internes, l’administration fiscale guinéenne semble aujourd’hui amorcer un retournement. Entre le 1er et le 24 juillet 2025, la Direction générale des impôts (DGI) a enregistré 1 179,725 milliards de francs guinéens de recettes, soit 109 % des prévisions budgétaires de la période.
Dans le détail, trois postes clés expliquent cette performance :
- RSI (Recettes sur les salaires et impôts assimilés) : 991,044 milliards GNF
- Liaison ACCT (Autres recettes fiscales collectées) : 188,681 milliards GNF
- Remboursement TVA : 0 GNF
À première vue, ces chiffres peuvent sembler anecdotiques. Ils ne le sont pas. Ils révèlent une inflexion : le retour d’une capacité d’action publique, sous la conduite de Fatoumata Diallo, nommée il y a moins de 5 mois à la tête de la DGI. Et au-delà, ils disent quelque chose d’un moment politique où la fiscalité redevient un instrument de souveraineté, voire un levier de réinvention de l’État.
« Il y a un travail d’assainissement silencieux qui est en cours, analyse une source proche du ministère du budget. Ce qui change, ce n’est pas tant le système, que l’exigence de résultats, la traçabilité des efforts et la remontée d’informations du terrain. » nous a-t-il confié.
Cette inflexion intervient alors que le pays tente de restaurer la fonction régulatrice de l’impôt dans le pacte social. Longtemps marginalisée ou vécue comme punitive, la fiscalité reprend peu à peu une place dans le débat public, portée par une administration qui semble vouloir s’ancrer dans une logique de service public plutôt que de sanction.
Le contexte de transition favorise cette recomposition. À défaut de légitimité électorale, les autorités en place s’efforcent de produire de la performance technocratique, en s’appuyant sur les administrations de souveraineté, dont la DGI est l’un des piliers.
« Nous n’avons rien inventé. Nous avons juste commencé à appliquer les règles. Et surtout, à demander des comptes. C’est une réforme qui ne peut pas plaire à tous » affirme avec conviction Traoré en service à la direction générale des impôts.
Mais au-delà des chiffres, l’enjeu reste celui de la consolidation. La question de la soutenabilité de cette dynamique demeure ouverte : comment maintenir ce niveau de mobilisation dans un tissu économique encore fragile, où l’informalité demeure prépondérante ? Comment élargir l’assiette sans exacerber les tensions sociales ?
Pour les experts, le chemin reste long. Le ratio pression fiscale/PIB de la Guinée demeure inférieur aux standards de la CEDEAO. Le risque est également celui d’un essoufflement si les réformes structurelles (numérisation, fiscalité locale, lutte contre la fraude) ne suivent pas.
Toutefois, la performance de juillet crée une fenêtre d’opportunité. Elle confère une légitimité d’action à la nouvelle équipe dirigeante, en interne comme auprès des partenaires extérieurs. Et elle redonne du crédit à une institution souvent perçue comme opaque et inefficace.
Si elle parvient à inscrire ce sursaut dans la durée, la Direction générale des impôts pourrait bien devenir, à moyen terme, l’un des leviers les plus tangibles de la réforme de l’État guinéen.
Les mois à venir seront donc cruciaux. En interne, la DGI devra maintenir la pression tout en veillant à ne pas fragiliser davantage un tissu économique encore marqué par des incertitudes macroéconomiques et un secteur informel très dominant. À moyen terme, l’enjeu sera aussi de renouer durablement avec les contribuables, souvent méfiants envers l’administration.
En attendant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et ils créditent la nouvelle directrice générale d’un premier bilan encourageant, dans un environnement institutionnel où la confiance reste un bien rare.
Foulè Diallo