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En Ouganda, la campagne de l’opposition entravée par une répression policière dénoncée par Amnesty

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Les rassemblements de l’opposition ougandaise sont devenus, ces dernières semaines, le théâtre d’interventions sécuritaires d’une rare brutalité. C’est le constat dressé par Amnesty International, qui accuse les forces de sécurité d’avoir recouru à une force « inutile et excessive », multiplié les arrestations arbitraires et soumis des militants à des actes de torture et de mauvais traitements.

Selon l’ONG, des meetings du National Unity Platform (NUP), principale formation d’opposition, ont été systématiquement perturbés à Kawempe et à Iganga, dans le centre et l’est du pays. Gaz lacrymogènes, sprays au poivre et passages à tabac auraient visé des foules décrites comme pacifiques, venues assister à des rassemblements de campagne.

« Les autorités ont engagé une campagne de répression brutale contre l’opposition et ses partisans », déplore Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et australe. Une stratégie qui, selon lui, rend « extrêmement difficile » l’exercice des libertés de réunion et d’association dans un contexte électoral déjà tendu.

Panique et usage de la force létale

À Kawempe, le 24 novembre, l’arrivée du candidat présidentiel du NUP, Robert Kyagulanyi Ssentamu, alias Bobi Wine, aurait déclenché une intervention policière immédiate. Des témoins évoquent des tirs de gaz lacrymogènes et l’utilisation de chiens pour disperser la foule. La panique provoquée aurait entraîné une bousculade, faisant chuter plusieurs dizaines de personnes dans un fossé voisin.

Quatre jours plus tard, à Iganga, un rassemblement tenu sur le site des chemins de fer a tourné au drame. D’après Amnesty International, l’armée aurait bloqué une issue avant d’ouvrir le feu sur des participants qui tentaient de quitter les lieux. Un homme de 35 ans, Miseach Okello, y a trouvé la mort. Sa famille affirme avoir été tenue à l’écart de l’autopsie et n’avoir reçu aucune information officielle sur les causes du décès.

Arrestations massives et mauvais traitements

Au-delà de ces incidents, l’ONG évoque un climat de harcèlement généralisé. Plus de 400 personnes auraient été interpellées à travers le pays pour avoir participé à des meetings ou pour leur soutien réel ou supposé au NUP. Plusieurs témoignages font état de détentions sans accès à un avocat ni à la famille, ainsi que de violences en garde à vue : coups de matraque, électrocutions au taser, sprays au poivre projetés au visage.

Les autorités, de leur côté, justifient ces opérations par des accusations de jets de pierres et de dégradations de véhicules de police. Une version contestée par des témoins oculaires, qui assurent que les manifestants étaient désarmés et ne portaient que des drapeaux nationaux.

Un cadre légal bafoué

Amnesty International rappelle que le droit international impose aux forces de l’ordre de privilégier des moyens non violents et proportionnés, et proscrit l’usage d’armes à feu pour disperser des rassemblements. Les restrictions de mouvement imposées aux cortèges de l’opposition – routes bloquées, déviations sans justification légale – sont également jugées contraires aux normes internationales.

Dans un appel solennel, l’ONG exhorte les autorités de Ouganda à garantir le respect des droits fondamentaux avant, pendant et après le scrutin. « Personne ne devrait mourir pour avoir exercé pacifiquement sa liberté de réunion », insiste Tigere Chagutah, appelant à des enquêtes indépendantes et à la libération immédiate des personnes détenues uniquement pour leurs opinions politiques.

Imedias.net