Une vaste initiative de renforcement des capacités destinée aux autorités coutumières vient de s’achever dans l’est du Zimbabwe, marquant une étape importante dans la stratégie régionale de restauration des forêts de Miombo, considérées comme les « poumons écologiques » de l’Afrique australe.
Organisés du 9 au 13 février 2026 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, en partenariat avec la Forestry Commission of Zimbabwe et le Ministry of Local Government and Public Works, ces ateliers se sont déroulés dans les districts ruraux de Mudzi et Rushinga. Plus de 200 chefs traditionnels et observateurs communautaires des ressources naturelles y ont participé.
Un projet régional financé par l’Italie
Ces formations s’inscrivent dans le cadre du projet transfrontalier Zimbabwe–Mozambique pour la gestion durable intégrée des forêts de Miombo, doté d’un budget de 5 millions de dollars et financé par le gouvernement italien via l’Italian Agency for Development Cooperation.
Selon Patrice Talla, coordinateur sous-régional de la FAO pour l’Afrique australe, les chefs coutumiers chefs, sous-chefs et chefs de village jouent un rôle déterminant dans la gouvernance environnementale locale. Leur influence sur les comportements communautaires et l’application des règles traditionnelles en fait des acteurs stratégiques pour la réussite des politiques de restauration forestière.
Savoirs locaux et droit moderne réunis
Les sessions ont mis en évidence l’importance des connaissances autochtones indicateurs saisonniers, pratiques foncières traditionnelles ou normes culturelles jugées souvent plus efficaces et mieux acceptées que certaines approches externes. Parallèlement, les participants ont été formés aux bases scientifiques de la gestion forestière ainsi qu’aux cadres juridiques nationaux régissant l’exploitation des ressources naturelles.
Les autorités ont insisté sur l’application du Traditional Leaders Act, qui confère aux chefs coutumiers un mandat légal pour faire respecter les lois environnementales locales et nationales. Un message récurrent a résumé l’esprit des ateliers : « un leader avisé s’appuie sur l’expertise locale ».
Gouvernance locale et lutte contre la corruption
Les discussions ont également souligné la nécessité d’élaborer des règlements participatifs, impliquant directement les communautés afin de renforcer la légitimité des décisions. Plusieurs institutions ont été associées à la démarche, notamment l’Environmental Management Agency, la police nationale Zimbabwe Republic Police et les conseils de districts ruraux.
Les chefs traditionnels ont pris position contre la corruption dans l’attribution des terres, promettant davantage de transparence et des sanctions lorsque nécessaire. Dans un geste symbolique, certains chefs de village ont été désignés « sentinelles des ressources naturelles », chargés de surveiller et signaler les abus.
Des forêts vitales pour le climat et l’économie
Les intervenants ont rappelé que la préservation des Miombo dépasse l’enjeu écologique : ces écosystèmes jouent un rôle clé dans la résilience climatique, la sécurité hydrique, la biodiversité et les moyens de subsistance ruraux. Riches en produits forestiers non ligneux tels que le baobab ou le marula ils représentent également un potentiel économique durable pour les communautés.
Les ateliers ont abouti à une résolution commune : créer des comités de gestion des ressources dans chaque circonscription locale. Ces structures auront pour mission de surveiller l’usage des ressources, d’élaborer des règles adaptées au contexte local et de soutenir leur application.
Dimension sociale et protection des communautés
Un module spécifique a été consacré à la prévention de l’exploitation et des abus sexuels, reconnaissant que les chefs traditionnels constituent souvent le premier recours des habitants pour signaler des abus. Cette formation vise à renforcer les mécanismes d’intégrité et la protection des groupes vulnérables dans les projets environnementaux.
Des leaders mobilisés
Plusieurs chefs ont salué l’initiative, affirmant qu’elle renforçait leur capacité à protéger les forêts tout en améliorant les moyens de subsistance des populations. Une cheffe de village a notamment souligné que la formation lui avait permis de s’affirmer dans un domaine longtemps considéré comme masculin, illustrant l’évolution des rôles de leadership rural.
Perspective. Les organisateurs prévoient désormais de consolider les comités existants et d’en créer dans les zones encore dépourvues, avec des formations pratiques sur l’inventaire forestier, la prévention des incendies, la production de plants et la valorisation des produits forestiers. L’objectif : ancrer durablement la gestion des ressources naturelles au niveau communautaire, condition jugée indispensable à la survie des forêts de Miombo en Afrique australe.
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