Quinze ans après le soulèvement qui a renversé le régime autoritaire de Muammar al-Gaddafi, la Libye demeure piégée dans un cycle de violences et d’impunité, alerte Amnesty International dans un nouveau constat publié ce 18 février 2026. L’organisation dénonce la persistance de crimes relevant du droit international et de graves violations des droits humains commis par des milices et groupes armés, tandis que les victimes restent privées de justice et de réparations.
Justice absente malgré l’ouverture à la CPI
La situation apparaît d’autant plus préoccupante que les autorités n’ont pas réussi à traduire en justice les responsables présumés d’exactions meurtres, tortures ou disparitions forcées dont certains ont été tués, tandis que d’autres demeurent en fuite. Parmi eux figurent plusieurs suspects recherchés par la Cour pénale internationale, malgré l’annonce faite en mai 2025 par le Government of National Unity d’accepter la compétence de la Cour pour les crimes commis entre 2011 et 2027.
Pour Mahmoud Shalaby, chercheur sur la Libye et l’Égypte à Amnesty, les autorités successives ont échoué à démanteler les réseaux d’abus et ont au contraire « financé et légitimé » certaines milices en intégrant leurs membres dans les institutions sans vérifications préalables. Une situation qui, selon lui, trahit les survivants et entretient un climat d’insécurité durable.
Des suspects tués plutôt que jugés
L’organisation souligne un phénomène récurrent : la mort de suspects avant toute procédure judiciaire. Début février, Saif al-Islam al-Gaddafi, recherché pour crimes contre l’humanité depuis 2011, a été tué dans des circonstances non élucidées. Sa disparition prive les victimes de leur droit à la vérité, estime Amnesty.
D’autres figures liées à des crimes graves ont connu un sort similaire, comme l’ancien commandant militaire Mahmoud al-Werfalli, abattu en 2021 à Benghazi, ou encore le chef de milice Abdel Ghani al-Kikli, tué en mai 2025 à Tripoli, événement qui avait déclenché des affrontements armés entre factions rivales.
Mandats d’arrêt ignorés
Depuis le renvoi de la situation libyenne devant la CPI par le Conseil de sécurité de l’ONU en 2011, un seul suspect sur quatorze a été remis à la Cour. Huit Libyens visés par des mandats d’arrêt internationaux restent toujours en liberté. Les autorités, qu’elles soient basées à Tripoli ou liées aux forces contrôlant l’est du pays, refusent régulièrement de livrer leurs ressortissants recherchés.
En décembre 2025, l’Allemagne a néanmoins remis à la CPI Khaled Mohamed Ali El Hishri, membre d’une milice opérant autour de la prison de Mitiga, soupçonné de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Mais ces cas demeurent rares et insuffisants pour briser le cycle d’impunité.
Institutions fragilisées et milices influentes
Le système judiciaire libyen reste incapable d’enquêter efficacement sur les crimes impliquant des groupes armés puissants. Des procès sont entachés de violations du droit à un procès équitable, tandis que des civils continuent d’être jugés par des tribunaux militaires. Le procureur général lui-même a reconnu en 2025 que les organes chargés de recueillir les preuves étaient « presque inefficaces » en raison de l’influence d’acteurs liés aux forces de sécurité ou aux milices.
Parallèlement, plusieurs gouvernements ont intégré des membres de groupes armés dans les institutions publiques sans mécanisme de filtrage, même lorsque ces milices étaient officiellement dissoutes. Amnesty souligne que cette pratique empêche toute responsabilité pénale réelle.
Crimes documentés et populations vulnérables
L’ONG affirme avoir recensé de nombreux abus attribués à certaines milices, notamment détentions arbitraires, violences sexuelles, disparitions forcées et interceptions violentes de migrants en mer ayant entraîné des morts. Elle insiste sur la nécessité d’enquêtes indépendantes et de poursuites effectives, conformément au Statut de Rome, qui prévoit la responsabilité pénale des commandants incapables d’empêcher les crimes commis par leurs subordonnés.
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