Amnesty International a alerté vendredi sur une campagne renouvelée des autorités égyptiennes visant à détenir arbitrairement et expulser des réfugiés et demandeurs d’asile en violation flagrante du principe de non-refoulement et de la loi égyptienne sur l’asile. Selon l’organisation, des réfugiés enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ont été arrêtés ou menacés d’expulsion uniquement sur la base de leur statut migratoire irrégulier, alors même qu’ils possèdent des cartes UNHCR valides.
Depuis fin décembre 2025, des policiers en civil ont procédé à des arrestations ciblées de ressortissants syriens, soudanais, sud-soudanais et d’autres pays d’Afrique subsaharienne dans plusieurs villes égyptiennes, incluant Le Caire, Gizeh, Alexandrie et Al-Qalyubia. Les personnes sans permis de résidence valide étaient transportées dans des véhicules non marqués, même lorsqu’elles présentaient leurs documents UNHCR.
« Les réfugiés fuyant guerre, persécution ou crises humanitaires ne devraient pas vivre dans la peur quotidienne d’être arrêtés et renvoyés vers des lieux où leurs droits fondamentaux sont menacés », a déclaré Mahmoud Shalaby, chercheur sur l’Égypte et la Libye pour Amnesty International.
Des arrestations arbitraires documentées
Entre fin décembre 2025 et le 5 février 2026, Amnesty International a recensé l’arrestation de 22 réfugiés et demandeurs d’asile, dont une enfant et deux femmes. Parmi eux, 15 étaient enregistrés auprès du HCR. Une fois arrêtés, plusieurs ont été menacés de déportation, même après que le parquet avait ordonné leur libération, et malgré des rendez-vous officiels pour renouveler leurs permis de séjour.
Parmi les cas documentés figure celui d’Ahmed, un demandeur d’asile syrien de 40 ans, arrêté six jours avant son rendez-vous pour renouveler son permis. Malgré l’ordonnance de libération du parquet, il a été détenu et finalement expulsé vers la Syrie sans évaluation individuelle des risques encourus.
Impact dévastateur sur la vie quotidienne
Ces mesures ont des conséquences graves sur l’accès à l’éducation, au travail et aux moyens de subsistance. Certaines familles ont retiré leurs enfants de l’école par crainte d’arrestation. D’autres, comme Amina, mère soudanaise réfugiée, ont dû recourir à la mendicité pour subvenir aux besoins de leurs filles après que son fils, principal soutien de la famille, a été détenu. Les rendez-vous pour renouveler les permis de séjour sont souvent reportés de plusieurs années, laissant les réfugiés dans une situation de précarité prolongée.
Une violation flagrante du droit international
Le principe de non-refoulement interdit l’expulsion de toute personne vers un lieu où elle risquerait de graves violations des droits humains. La loi égyptienne sur l’asile protège également les réfugiés reconnus contre la déportation vers leur pays d’origine, mais des exceptions vagues liées à la « sécurité nationale » sont utilisées pour justifier ces pratiques arbitraires.
Amnesty International a appelé l’Égypte à libérer immédiatement tous les réfugiés détenus arbitrairement et à mettre fin aux expulsions forcées. L’organisation a également exhorté l’Union européenne et les États partenaires à exercer une pression diplomatique pour garantir l’accès du HCR à tous les lieux de détention et à offrir des voies sûres et légales de protection internationale, incluant visas humanitaires, mobilité éducative et programmes de parrainage communautaire.
« Les autorités égyptiennes doivent respecter leurs obligations internationales et nationales et protéger la vie et la dignité des réfugiés et demandeurs d’asile », conclut Mahmoud Shalaby.
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