Le président ghanéen John Dramani Mahama s’apprête à porter devant la Assemblée générale des Nations unies une résolution qualifiée d’historique, visant à faire reconnaître officiellement la traite transatlantique des esclaves comme le crime le plus grave contre l’humanité. L’initiative, qu’il doit présenter en mars, a été annoncée lors de son rapport à la 39ᵉ session de l’assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, où il intervient en tant que champion de l’organisation pour la justice réparatrice.
Selon lui, ce projet marque l’aboutissement d’une année d’efforts diplomatiques destinés à porter la question des réparations africaines au cœur de l’agenda international. Le texte a déjà été adopté par les dirigeants africains, signal d’un soutien continental à cette démarche qui ambitionne d’inscrire la reconnaissance historique et juridique de l’esclavage dans le droit international.
« Tous les peuples d’ascendance africaine attendaient ce jour. La vérité ne peut être enterrée. Les bases juridiques sont solides ; l’impératif moral est incontestable », a déclaré le dirigeant.
Une stratégie continentale structurée
Le président ghanéen a détaillé les progrès réalisés dans la mise en place d’instruments africains dédiés à la poursuite de la justice réparatrice. Parmi eux figurent une équipe de coordination continentale, un comité d’experts et un groupe de juristes chargés d’élaborer les bases légales des futures revendications. L’objectif est de traiter les héritages de l’esclavage, du colonialisme et de l’apartheid non comme des questions mémorielles, mais comme des enjeux politiques contemporains.
La décision de l’Union africaine de désigner 2025 comme Année de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations est présentée comme un tournant stratégique. Pour Mahama, il ne s’agit plus d’actes symboliques, mais d’un engagement international structuré destiné à produire des résultats concrets.
Pression sur les États et diplomatie globale
Le chef d’État a exhorté les pays africains à créer des commissions nationales sur les réparations et à engager des discussions formelles avec les États historiquement impliqués dans l’esclavage. Il a également plaidé pour l’instauration d’une Décennie des réparations afin d’assurer la continuité politique du projet au-delà des initiatives commémoratives.
Durant l’année écoulée, l’organisation panafricaine a multiplié les partenariats avec des institutions internationales telles que l’UNESCO et le Forum permanent des Nations unies pour les personnes d’ascendance africaine. Ces collaborations ont permis d’inscrire la question des réparations dans des débats mondiaux allant de la restitution culturelle à la justice historique, jusqu’aux enjeux émergents liés aux technologies.
Plusieurs rencontres internationales, d’Accra à Madrid, conclues par le 9ᵉ Congrès panafricain de Lomé, ont contribué à reformuler la narration globale sur les réparations. Elles les présentent désormais non comme des revendications tournées vers le passé, mais comme des instruments orientés vers la justice, la dignité et le développement.
Un test politique et symbolique
La présentation prévue en mars devant l’Assemblée générale des Nations unies est perçue comme un moment décisif pour la campagne africaine en faveur d’une reconnaissance internationale des injustices historiques. Mahama a appelé les dirigeants actuels du continent à se montrer à la hauteur de cet enjeu :
« La justice réparatrice ne nous sera pas donnée. Comme l’indépendance politique, elle doit être revendiquée, poursuivie et obtenue par la détermination et l’unité. »
Au-delà de la portée juridique potentielle de la résolution, son adoption ou son rejet constituera un indicateur du rapport de force diplomatique entre les États africains et les puissances historiquement impliquées dans la traite transatlantique. Pour l’Union africaine, l’initiative représente autant un acte de mémoire qu’un test d’influence sur la scène mondiale.
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