Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes ne relèvent plus seulement de l’environnement. Ils s’imposent désormais comme des variables centrales dans l’évaluation du risque, de la résilience et du rendement à long terme par les investisseurs.
La nature soutient une part considérable de l’économie mondiale : sécurité hydrique, agriculture, infrastructures, protection contre les catastrophes. Mais elle reste massivement sous-financée. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), le déficit mondial de financement de la biodiversité pourrait atteindre 942 milliards de dollars par an d’ici 2030. Les flux actuels vers la nature représentent environ 200 milliards de dollars par an, dont 35 milliards seulement issus du capital privé.
Pourtant, un basculement s’opère. La finance privée dédiée à la nature a été multipliée par plus de dix en quelques années, passant de 9,4 milliards à plus de 100 milliards de dollars. Si la dynamique se maintient, elle pourrait atteindre jusqu’à 1 450 milliards d’ici 2030.
Cette accélération s’accompagne d’une recomposition des marchés : carbone, biodiversité et adaptation climatique cessent d’être traités comme des sujets distincts. De nouvelles classes d’actifs émergent à leur intersection, notamment via les marchés carbone, les solutions fondées sur la nature et les infrastructures de résilience.
L’Afrique se trouve au cœur de cette convergence. Dans de nombreux pays, le capital naturel représenterait 30 % à 50 % de la richesse totale, bien davantage que les infrastructures ou les actifs industriels. En Afrique du Sud, des écosystèmes en bonne santé contribueraient à hauteur de 275 milliards de rands par an (environ 14 milliards de dollars), soit au moins 7 % du PIB.
Cette dépendance transforme la crise écologique en enjeu budgétaire. Les inondations récentes dans certaines zones du parc Kruger et le stress hydrique persistant dans le Western Cape illustrent comment les risques climatiques se traduisent en pertes économiques, dégâts d’infrastructures et pression sur les finances publiques.
C’est dans ce contexte qu’Africa’s Green Economy Summit (AGES) 2026 ouvrira, le 24 février à Cape Town, par une Académie consacrée au financement du climat, du carbone et de la nature, avant le sommet principal prévu du 25 au 27 février. L’initiative entend explorer la transformation de ces enjeux en projets « bancables », via des instruments comme les obligations vertes, bleues ou liées à la faune, les échanges dette contre nature, ou les financements indexés sur la performance.
« Investir dans les projets d’adaptation et d’atténuation en Afrique n’est pas un acte de générosité ; c’est un investissement dans notre avenir commun », a déclaré Harsen Nyambe, directeur à la Commission de l’Union africaine.
À mesure que les chocs climatiques se multiplient, l’idée progresse dans les marchés : en Afrique, climat et biodiversité ne sont plus des thèmes périphériques de la finance durable. Ils deviennent des déterminants directs de la stabilité économique.
