En quelques mots publiés sur son compte X, Alioune Tine a ravivé un débat sensible au sein des cercles diplomatiques africains. « La prochaine Secrétaire générale des Nations unies sera une femme, et elle ne sera pas africaine », a écrit le fondateur d’Afrikajom Center, figure respectée de la société civile sénégalaise. Une phrase simple, presque anodine, mais qui traduit une lecture lucide des rapports de force internationaux.
Cette intervention intervient dans un contexte marqué par les spéculations autour de la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève fin 2026. Pour la première fois, un large consensus semble émerger en faveur d’une femme à la tête de l’organisation. Après huit décennies d’existence sans dirigeante, l’ONU apparaît prête à franchir ce seuil symbolique. Reste à savoir qui en bénéficiera.
Pour Alioune Tine, la réponse ne fait guère de doute. Malgré les ambitions affichées par certains dirigeants africains et les appels à une meilleure représentation du continent, les conditions politiques ne sont pas réunies pour qu’un Africain accède à ce poste. Le système onusien, rappelle-t-il en filigrane, demeure structuré autour des intérêts des grandes puissances et des équilibres régionaux tacites.
Depuis plusieurs semaines, la presse évoque l’hypothèse d’une candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall, ou d’autres personnalités africaines. Des scénarios qui, selon de nombreux diplomates, se heurtent à un manque de soutien coordonné et à une faible capacité de lobbying collectif. « L’Afrique parle souvent d’une seule voix dans les discours, rarement dans les négociations », observe un ancien représentant auprès des Nations unies.
La déclaration de M. Tine révèle aussi un malaise plus profond. Avec 54 États membres, l’Afrique constitue le premier bloc régional à l’Assemblée générale. Pourtant, son influence réelle dans les processus de décision stratégiques reste limitée. Les grandes orientations se jouent encore largement au sein du Conseil de sécurité, dominé par ses cinq membres permanents.
À l’approche de l’échéance de 2026, la course au secrétariat général s’annonce de plus en plus comme un test pour l’ordre multilatéral. Elle devra concilier exigences de parité, équilibres régionaux et intérêts géopolitiques. Dans cette équation complexe, l’Afrique peine encore à trouver sa place.
En formulant son pronostic, Alioune Tine n’a pas fermé la porte à l’avenir. Il a plutôt rappelé, avec sobriété, que l’accès aux sommets du pouvoir mondial ne relève ni du symbole ni du hasard, mais d’un patient travail d’influence un chantier que le continent n’a pas encore pleinement achevé.
