Tripoli veut tourner la page des promesses sans lendemain. Lors de l’édition 2026 du Libya Energy & Economic Summit (LEES), la Libye a affiché une ambition claire : transformer son potentiel énergétique en projets exécutables, visibles et attractifs pour les investisseurs internationaux. Autour de la table, les États-Unis, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont envoyé des signaux convergents : la Libye redevient un acteur crédible de l’échiquier énergétique mondial.
Dans un pays où l’instabilité politique a longtemps freiné l’investissement, la tonalité du sommet marque une inflexion. « La Libye est ouverte aux affaires », ont répété les organisateurs, dans un message adressé autant aux marchés qu’aux partenaires diplomatiques. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de restaurer la confiance, mais de la traduire en décisions d’investissement, en calendriers précis et en partenariats opérationnels.
Les États-Unis ont donné le ton. Lors de la table ronde U.S.–Libye, le pays a été qualifié de « priorité stratégique » pour l’administration américaine. Washington voit dans la relance du secteur amont libyen un enjeu à la fois énergétique et géopolitique, dans un contexte international marqué par la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement stables. La montée en puissance des compagnies américaines sur le marché libyen, l’augmentation des investissements et l’intérêt pour les nouveaux blocs mis en appel d’offres illustrent ce repositionnement.
Les discussions ont porté sur le cycle de licences en cours et sur l’ambitieux programme de développement de la National Oil Corporation (NOC), estimé à plusieurs milliards de dollars. Les entreprises américaines se disent prêtes à accompagner la Libye dans la modernisation technologique de ses installations et la formation de sa main-d’œuvre.
La France, elle, avance sur deux fronts. TotalEnergies a confirmé viser la fin de l’année 2026 pour les décisions finales d’investissement concernant le développement pétrolier de North Gialo 6J et le projet solaire de Sadada, d’une capacité de 500 mégawatts. Une stratégie qui traduit l’équilibre recherché entre maintien de la production d’hydrocarbures et ouverture vers les énergies renouvelables.
Dans un geste à forte portée institutionnelle, un protocole d’accord a été signé entre le Conseil libyen du pétrole, du gaz et des énergies renouvelables et Business France, afin de structurer davantage la coopération entre entreprises françaises et libyennes. Une coentreprise bilatérale est même à l’étude pour accompagner les investissements et le développement des projets.
Avec l’Italie, la relation s’inscrit dans une continuité historique. Rome demeure l’un des partenaires énergétiques privilégiés de Tripoli, notamment dans le secteur gazier. La table ronde Italie–Libye a mis l’accent sur l’élargissement de la coopération vers la production électrique et la réhabilitation des infrastructures.
Réduction du torchage, développement du gaz, modernisation du réseau électrique : l’Italie se positionne comme un acteur central de la transformation énergétique libyenne, à la croisée des impératifs industriels et environnementaux.
Le Royaume-Uni a, pour sa part, insisté sur la stabilité réglementaire comme condition clé de l’attractivité du pays. La préparation d’un second appel d’offres pour l’exploration et la production est perçue comme un signal fort envoyé aux investisseurs.
Le ministre libyen du Pétrole et du Gaz, Khalifa Abdulsadek, a rappelé que l’intérêt suscité par le premier cycle de licences lancé en 2025, dont les résultats sont attendus prochainement, conforte la stratégie d’un système d’appels d’offres réguliers et prévisibles. Il a également évoqué l’ouverture de nouveaux axes de développement, notamment les champs marginaux, les ressources non conventionnelles et les zones encore sous-explorées.
Au-delà des annonces sectorielles, le LEES 2026 a valeur de test politique. La Libye tente de montrer qu’elle est capable d’offrir un cadre lisible, une gouvernance énergétique stabilisée et une vision à long terme. Pour les partenaires occidentaux, il s’agit de parier sur un pays dont le potentiel énergétique reste considérable, mais dont la trajectoire demeure étroitement liée à son équilibre institutionnel.
En filigrane, une question persiste : cette nouvelle séquence énergétique sera-t-elle durable ou restera-t-elle fragile, dépendante des rapports de force internes ? Pour l’instant, la Libye réussit au moins une chose : replacer son secteur énergétique au centre de l’agenda international, non plus comme un problème à gérer, mais comme une opportunité à saisir.
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