La diversité du zooplancton, ces minuscules organismes fondamentaux pour la chaîne alimentaire aquatique, pourrait fortement décliner dans le Nil Bleu en raison de l’inauguration du colossal barrage de la Renaissance en Éthiopie, avertissent des chercheurs. Une étude du Leibniz-Institut für Gewässerökologie und Binnenfischerei (IGB) menée à Khartoum révèle que l’écosystème du Nil Bleu réagit beaucoup plus sensiblement aux fluctuations d’eau et de nutriments par rapport à celui du Nil Blanc, déjà modifié depuis des décennies par plusieurs barrages.
Les chercheurs ont collecté des échantillons d’eau du Nil Bleu et du Nil Blanc entre 2017 et 2020, période qui coïncide avec l’avancement des travaux du Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD). Ils ont constaté que le Nil Bleu affichait une diversité de zooplancton nettement plus riche et variable que le Nil Blanc, un signe d’écosystèmes dynamiques et relativement naturels. D’après l’étude, réguler le débit du Nil Bleu en amont pourrait réduire ces variations, ainsi que la biodiversité qu’elles préservent.
Les effets des grands barrages pourraient aller au-delà des poissons et des espèces visibles
Pour examiner les milliers d’organismes présents dans l’eau, l’équipe a combiné des méthodes d’identification classiques au microscope avec des techniques moléculaires reposant sur l’ADN environnemental (eDNA). Ces approches permettent de révéler des espèces très petites ou difficilement identifiables, tout en fournissant une représentation précise de la biodiversité. Les auteurs estiment que l’eDNA pourrait devenir un outil de monitoring économique et efficient pour suivre l’évolution de l’écosystème du Nil au fur et à mesure que le barrage passe en phase d’exploitation.
Les chercheurs soulignent que les effets des grands barrages vont au-delà des poissons et des espèces visibles. Les petits organismes, qui jouent un rôle crucial dans l’écosystème fluvial, sont également directement affectés. L’étude dirigée par la chercheuse soudanaise Samah Mekawi de l’Université de Khartoum et supervisée par le professeur Michael Monaghan de l’IGB recommande d’intégrer la biodiversité microscopique dans les prochaines évaluations d’impact environnemental concernant le bassin du Nil.
dpa
