Vingt-cinq ans après les premières flambées de violences, l’Ituri reste une des provinces les plus instables de la République démocratique du Congo. Samedi, le Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, s’est rendu à Bunia et à Fataki, au cœur du territoire de Djugu, pour réaffirmer l’engagement des Nations Unies en faveur d’une paix encore fragile.
La visite intervient dans un contexte marqué par la persistance de milices locales, de tensions communautaires et d’un déplacement massif de population : plus d’1,5 million de personnes vivent encore dans des camps disséminés dans la province.
Une population à bout de souffle
À Fataki, Jean-Pierre Lacroix a rencontré autorités locales, représentants de la société civile et déplacés internes. Tous ont livré le même message : un appel pressant au désarmement des groupes armés et à la mise en œuvre rapide du Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS).
« Nous voulons le retour de la paix pour mettre fin à nos souffrances », ont répété les déplacés, dont certains survivent depuis des années dans des camps sans perspective de retour.
La MONUSCO entre reconnaissance et défiance
La Mission des Nations Unies au Congo (MONUSCO), régulièrement critiquée ailleurs dans le pays, conserve en Ituri une image relativement positive. Les chefs coutumiers ont salué la présence des Casques bleus, jugés essentiels pour sécuriser les zones les plus vulnérables et offrir des alternatives aux jeunes susceptibles de rejoindre les milices.
Un constat partagé par le gouverneur de province, le général Johnny Luboya, qui a reconnu « l’excellente coopération » entre l’armée congolaise (FARDC) et les forces onusiennes. « Si nous tenons encore aujourd’hui cette province, c’est aussi grâce à la MONUSCO », a-t-il affirmé.
Des avancées fragiles
Selon Jean-Pierre Lacroix, les opérations conjointes FARDC-MONUSCO ont permis de freiner l’expansion de certaines milices. Des dialogues communautaires ont également débouché sur des engagements de cessation des hostilités, permettant à des déplacés de rentrer progressivement dans certaines zones d’Irumu et de Djugu.
Mais ces avancées demeurent précaires. Dans plusieurs territoires, les civils continuent de chercher refuge à proximité des bases onusiennes, symbole autant de confiance que de dépendance vis-à-vis de la présence internationale.
La difficile équation de la paix
Pour le chef du maintien de la paix, l’avenir de l’Ituri repose sur un équilibre délicat entre action militaire, réconciliation communautaire et perspectives économiques. « La coopération, la confiance, la solidarité et la synergie entre la MONUSCO et les autorités provinciales sont des atouts indispensables pour le retour de la paix en Ituri », a-t-il insisté.
Au-delà des opérations de sécurité, l’enjeu est de taille : redonner espoir à une population épuisée, réduire l’emprise des groupes armés et transformer les engagements politiques en résultats tangibles. Jean-Pierre Lacroix l’a rappelé, son rôle est aussi de plaider auprès des autorités congolaises et de la communauté internationale pour un engagement plus résolu en faveur d’une paix véritablement durable.
