Selon une analyse récente du Programme Alimentaire Mondial (PAM), plus de 36 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et centrale peinent actuellement à satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Ce chiffre alarmant pourrait atteindre plus de 52 millions de personnes durant la saison de soudure, entre juin et août 2025. Une situation qualifiée de « critique » par les experts humanitaires.
Parmi ces populations vulnérables, près de trois millions de personnes sont déjà confrontées à des conditions d’urgence, tandis que 2 600 personnes au Mali risquent de basculer dans une faim catastrophique, le niveau le plus grave de l’échelle de sécurité alimentaire.
« Sans un financement immédiat, le PAM sera contraint de réduire encore davantage le nombre de personnes aidées ainsi que la taille des rations distribuées », a prévenu Margot van der Velden, directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre au PAM.
Une dégradation inquiétante
La situation actuelle représente une détérioration sans précédent. En 2019, seulement 4 % de la population était en insécurité alimentaire. Aujourd’hui, ce taux atteint 30 %, selon Ollo Sib, conseiller principal en recherche auprès du PAM.
En conférence de presse à Genève, M. Sib a partagé ses constats de terrain. Au nord du Ghana, les agriculteurs font face à une sécheresse historique, les contraignant à replanter jusqu’à trois fois, avec des coûts faramineux en engrais et en semences.
Dans le nord du Mali, région la plus touchée, l’accès aux marchés est limité, et les prix des denrées ont augmenté de 50 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les pasteurs, qui comptaient vendre leur bétail pour acheter des céréales, se retrouvent dans une impasse.
Conflits, inflation et climat : un cocktail explosif
La crise alimentaire est aggravée par plusieurs facteurs :
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Des conflits armés persistants qui ont déplacé plus de 10 millions de personnes vulnérables dans la région.
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Une inflation galopante liée à la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires.
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Des phénomènes climatiques extrêmes récurrents, comme les inondations et les sécheresses, qui sapent les moyens de subsistance des populations.
Un appel urgent à la solidarité
Face à cette urgence, le PAM a besoin de 710 millions de dollars pour poursuivre ses opérations jusqu’à la fin du mois d’octobre. L’objectif est de venir en aide à près de 12 millions de personnes cette année.
À ce jour, trois millions de bénéficiaires ont déjà reçu une aide vitale, dont des réfugiés, des déplacés internes, des enfants souffrant de malnutrition et des femmes enceintes ou allaitantes. Cependant, cinq millions d’entre eux risquent de perdre cette assistance si aucun financement supplémentaire n’est débloqué rapidement.
Miser sur la résilience
Au-delà de l’aide d’urgence, le PAM insiste sur la nécessité d’investir dans des solutions durables. Depuis 2018, le programme de résilience mis en place avec les gouvernements de la région a permis de réhabiliter plus de 300 000 hectares de terres, bénéficiant à plus de quatre millions de personnes dans 3 400 villages.
« Il est temps d’adresser les causes profondes de la faim et de construire une sécurité alimentaire durable pour les générations futures », plaide l’agence onusienne.
La crise au Sahel est l’un des défis humanitaires majeurs de notre époque. Sans une mobilisation rapide et massive, des millions de vies sont en jeu.
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